Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

lundi 1 décembre 2014

Journal d'un Plasto-Ramasseur, par Rémi Hertrich

Jour 751

Voilà deux semaines que j'erre sans relâche à travers l'immense déchetterie qui fut autrefois Paris. A bord de mon canard mécanique à vapeur je parcours les décombres à la recherche de plastique. Voilà 751 jours que tout pétrole à disparu de la terre. Le plastique recyclable est l'or nouveau de ce monde. 

Jour 752

Plutôt satisfait de mon achat, le canard mécanique à vapeur est de loin le moyen de transport du plasto-ramasseur le plus commode. Son bec, puissant et précis permet d'extirper la moindre matière plastique incrustée dans les parois. Le système à balancier de ses jambes en fait un véhicule tout terrain mais paradoxalement confortable. Son maniement me rappelle la balançoire de ma jeunesse. Ce sentiment de flottement quand le balancier est à son potentiel maximum pour se relâcher jusqu'à basculer à son potentiel opposé me repose. 

Jour 760

Je tombe sur une usine à charbon. Un autre élément fossile de notre planète mais celui-ci est substituable. Tous les arbres de toutes les avenues de Paris y sont passés. Quand il n'y eut plus d'arbres, ce fut la fin de la feu capitale. Le dernier train qui menait à Paris coûtait très cher pour acheminer le bois et la vie urbaine devenait impossible, par son prix, par sa fumée noire épaisse polluant l'air. 
Cette usine est belle et bien nettoyée. Pas une trace de charbon. Mon canard commence à en manquer. Il me faut une alternative. 


Jour 763

Suis-je bête, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt… Les standards téléphoniques. La fin du plastique et de la vie moderne aidant, le téléphone à charbon était revenu de mode. Les gens avaient brûlé tout le bois mais en avaient oublié les téléphones. 

Jour 770

Mon canard est foutu. Il me faut trouver un émetteur et un récepteur à lampe d'urgence pour contacter de l'aide. Au cas contraire il me faudra marcher jusqu'à mourir de faim.

Jour 789

Quelle triste faim. 


Rémi Hertrich


dimanche 30 novembre 2014

Trois textes de Charlotte Pineau en un seul envoi

Atelier écriture n ° 1 - John Kennedy Toole et C.Mc C avec Claire Berrebi 

J.K : .. Quant à mes convictions à l'égard de l'injustice sociale des pastèques et de leurs droits civils, mon anneau pylorique a vigoureusement réagi.. 

C.McC : Tu traverses un verger, tu es comme l'un de ces arbres tordus et voire, tu es une banche morte! 

J.K : Mais je n'ai pas connu quiconque qui brouillonne à l'apport des égouts. Même les poissons près de ton triste verger meurent de cette complète absence de contact avec la réalité quasi-totale de l ' " art " d'Amérique.. 

C.McC : Quel vent.. Tu es comme la cendre molle, indépassable dans le sillon du verger. Dans la réalité nous sommes comme tes pastèques, composées de sang séché, où poussent les uns à côté des autres, comme des frises de têtes humaines ou des viscères, desséchées, aplaties. Ton sourire est crispé, tes yeux rétrécissent ! 

J.K : Je n'ai jamais vu pousser moralement et spirituellement des compositions de sang séché ayant d'ailleurs une certaine aphasie stagnante. J'aimerais que la circulation de ces engins à leurs grosses lèvres bâtissent quelque part à travers l'obscurité de ce verger une ressemblance entre l'art d’Amérique et certaines régions d'Afrique !

C.McC : Tu parles d'anciennes cicatrices armées d'anciens motifs cousus le long des murs de pierre. Tu ne peux pas perdre la tête, même sous les coups de gourdin! 


Atelier écriture n° 2 - Liste de mots inconnus 

Un moment de flottement, l'esprit s'égare mais les yeux sont là, grands ouverts, à l’afflux du moindre petit détail. J'observe. J'observe tous ces passants ayant cet air roboratif. Ils filent. Le regard au sol, ou loin devant. Ils sembleraient suivre un chemin déjà tracé. Ils longent ces lignes imaginaires adjacentes les unes aux autres. Tous les laissent indifférent, tels des automates. Ces chemins éphémérides qu'ils créent transforment mon regard chafouin en un regard exaspéré. Tout a l'air d'être prédéfini. Mes yeux se posent sur cet homme, grand, attirant, une carrure qui ne passe pas inaperçue. Son air vigogne le rend frigide. Je le perds de vue. Ce moment intempestif me plonge dans une multitude de questions. 


Atelier écriture n° 3 - Ecrire d'après dessin - schémas 

L'heure sonne où les mains s’entrelacent 
où la pression atmosphérique trépasse
où l'eau épouse la forme de sa nuque 
où dans leurs esprits, il se passe plein de trucs
L'air chaud sous son dos,
le potentiel sous ses pieds, 
ne font que répondre aux secrets que cache cette clef. 
L'heure sonne où elle se trouve en chute libre
où ce transformateur nous fait part de son calibre
où l'administration publique se trouve sous le bureau
où là-haut, il faut toujours aussi chaud. 
La lumière est éteinte, 
l'énergie surgit, 
le temps que les hélices s'actionnent. 
L'heure sonne où sa jambe se soulève,

où dans les champs ils ne connaissent pas le mot " grève".

Charlotte Pineau

samedi 29 novembre 2014

Corentin Postic inspiré par quelques images qui lui ont été données

Deux personnes qui discutent.

A - Pour que quelque chose se fasse, il faut que tu fasses. Que tu pousses, tu tires, tu forces, tu tournes, tu tombes, tu balances...
Et après ça se passe ! Ça s'envole, ça tombe, ça part.

B - Mais comment ça se passe ?

A - Par le cours des choses, tu as fais quelques chose pour que quelque chose se fasse.

B - La cour ?

A - Oui ! Le cours des choses, la force des choses. Tu as voulu que quelque chose se fasse, tu as fais quelques chose, tu as forcé, tu as mis en œuvre.

B - Je ne peux donc rien faire tout seul ? 

A - Bien sûr que si, mais tu auras auparavant fait quelque chose pour que... deux choses donc.

B - Comme s'il fallait tout le temps qu'on soit deux... Mais quand je pense, je suis tout seul !?

A - Huumm, tout seul ? Ou tu parles à la petite voix qui trotte dans ta tête ? Moi j'appelle encore ça être deux !

B - J'ai compris ! Tu auras fais quelques chose seul, sans interagir, mais tu auras décidé de le faire, tu l'auras voulu. Ça marche comme la force, tête veut, corps veut ! 

A - Oui voilà, autrement dit ta tête est ton plus gros muscle, donc continue à parler à ta petite voix !

samedi 15 novembre 2014

Deux personnes qui discutent, écrit Corentin Postic

Le curé sur le mur

Deux personnes qui discutent.

A - Comme je dois lui paraître acariâtre.
B - Mais il ne déparerait le héros et la diaphane.
A - Avec perspicacité.
B -  Ma question tombe comme un caillou et fête l’incantatoire.
A - Je sais que pour son ephéméride...
B - Ma fille est une sorte de petit paladin radicelle.
A - Adjacent les meubles de paille et pousse devant ellele troupeaucomme si elle le menait en ce moment.
B - Je sais que pour sa vigogne fidèle...
A - Et un petit aquilin
B - Inaccessible au commun des oriels
A - Opiniâtre
B - Le mot presbytère venait de timoré

A - C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse, avait dit chafouin

vendredi 14 novembre 2014

Supermarché express avec des mots latins par Quentin Geslan

Supermarché express

Être bercé par le mouvement de l'escalator. Lentement parvenir dans le hall, se diriger rationnellement vers les tourniquets automatiques, d'allure active et gracieuse comme les voltiges d'une libellule affolée par l'odeur contagieuse de l'origan mijoté au stand culinaire à l'entrée.

Sur les écrans animés à notre gauche, défilent les images d'un blockbuster où à la suite d'un naufrage miraculeux, des grenouilles carnifex dévorent généreusement les rescapés. 

Continuons notre marche, ponctuée d'arrêts incertains entre les biscuits et les fruits secs. Petit garçon, invisible dans l'allée à notre droite (apparemment celle du miel, des confitures et des pâtes à tartiner), humilié par son paternel d'avoir modestement tiré la langue à un ou une inconnue. Dans l'intervalle des paquets de semoule alignés en rangs quinze par quinze, jetons un œil pour entrevoir la scène publique. Le petit garçon, persévérant d'impertinence, continuait d'irriter le père

et par la même occasion, une famille taciturne et ruinée, bien décidée à se frayer un chemin entre les mailles du filet.

Poissonnerie – boucherie : sanctuaire à viande les chambres froides

nous les évitons pour mieux rejoindre la jardinerie : un brin de nature et de parfums nobles

pour finalement ressortir à l'entrée
affolés par l'odeur du met provençal à l'origan que
par l'irrésistible tentation
nous achetons.

Quentin Geslan

L'usage des mots, par Maëly Massereau


____Première partie en ne sachant pas la signification des mots proposés :

"Arthur, Arthur, où es-tu, viens vite, il faut que je te montre quelque chose !
- Oui, oui, j'arrive... Qu’y a-t-il de si urgent Elena ?
- Oh, mais tu m'as l'air tout chafouin aujourd'hui, que se passe-t-il ?
- Rien de transcendant, je suis seulement sorti avec mes amis et j'ai un peu abusé de la vigogne.
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Ça va, pas la peine de prendre cet air si circonspect ! Tu voulais me montrer quelque chose non ? Alors fais voir !
- Aussi fatigant qu'une crise d'acariâtre toi aujourd'hui ! Peu importe... Regarde ! N'est-ce pas d'une beauté sans pareil ?
- Heu... C'est un peu aquilin comme objet, tu ne trouves pas ?
- Quoi ? Mais tu es fou ! Peu être un peu roboratif certes, mais c'est un véritable bijou technologique !
- Je suis quelque peu intempestif face à ce que tu me montres là.
- Non d'une radicelle ! Je n'arrive pas à croire que tu ne puisses pas être sensible face à ce genre de chose... Parfois, tu m'exaspères Arthur...
- Ne diaphane pas comme ça Elena, je te prie.

____Deuxième partie en sachant la signification :

- Je trouve cet objet tellement incantatoire !
- Ça ressemble plutôt à une vigogne ton truc là !
- Arrête d'être acariâtre comme ça Arthur ! Bon, ça suffit, je vais aller nous préparer un bon repas bien roboratif pour être en forme pour ce soir ! Mais sinon, tu ne trouves vraiment rien d'intéressant à ce que je viens de te montrer ? Même un peu ? Ce n'est pas possible, il y a bien un peu de positif dans ton opinion, non ?
- Qu'est-ce que tu peux être opiniâtre toi des fois ! Laisse moi tranquille ! Et sois circonspect dans ce que tu fais pour une fois !
- Mince, j'ai oublié d'acheter des œufs !
- Tu n'as qu'à demander à nos voisins adjacents !
- Quelle perspicacité tu as des fois, tu m"impressionnes ! Bon je vais.... Arthur ? Est-ce que ça va ? Tu as le teint tout diaphane tout à coup !?
- Je ne sais pas ce qui m'arrive, je ne me sens pas très bien... Ouvre l'oriel s'il te plait, il faut que je prenne l'air !"

Maëly Massereau


Mercator-Vortex-Ruina-Punctum


Marchant inlassablement, je marche.
La rue est recouverte de neige sale. Il fait sombre, la rue est vide, le son de mes bottes claque dans l’air sec.
Sur ma droite une petite allée, une poubelle.
Je marche d’un pas rapide. En regardant de nouveau à droite, une boutique. 
Je marche de plus en plus vite.
Au bout de la rue, je me rends compte que je suis perdu. Hébété, je lève la tête cherchant une plaque indicatrice : Rue Mercator.

Je marche encore.
Le chemin est recouvert de neige sale. Il fait sombre, la rue est vide, le bruit de mes bottes retentit dans l’air sec. 
Sur ma droite une petite impasse, pas de poubelle.
Je marche rapidement. Regard à droite : un vieux plan de métro à terre.
J’accélère la cadence de mon pas.
A l’extrémité de la rue, je prends conscience que je me suis égaré. Groggy, je lève le visage cherchant une indication : Avenue Vortex.

Je marche toujours.
Le trottoir est recouvert de sloche. Je ne vois rien, il n’y a personne, la mélodie de mes bottes sonne dans l’air sec.
A ma droite un cul de sac, un ballon abandonné.
En marchant rapidement mon regard se pose à droite : rien.
J’allonge le pas.
A la fin de l’avenue je devine que je suis esseulé. Désorienté je lève mes yeux cherchant un renseignement : Boulevard Ruina.

Je marche irrémédiablement.
Les pavés sont recouverts de neige fondue. Je suis seul dans le noir, la rythmique de mes bottes enveloppe l’air sec.
Vers ma droite un passage, la moitié d’un dollar déchiré.
En allant promptement ma tête pivote à droite : rien.
J’accélère.
Au 4/4 du boulevard je comprends que je suis déboussolé. Sonné, je lève mon regard cherchant une information : Terminus Punctum.



Koré Préaud

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist