Le problème après avoir poncé huit plaques de bois en biseau sur l’énorme machine de Jean-Claude, c’est qu’on est tout ramolli du corps et de la tête. Bref je me suis méchamment brimée en m’imposant cette règle : rester au premier, ne surtout pas monter ou descendre les escaliers.
L’œuvre qui retient le plus mon attention, bien que pas la plus visible, est une gravure rouge, marron, et noire avec des dessins blancs. Je me souviens avoir regardé la tête blanche qui est dans le bas à droite, un visage à la fois fantomatique, innocent et un peu animal. Un autre problème se profile, Jimmy s’est posté devant cette tête et il a l’air de penser que je le fixe. Je ne souhaite pas froisser Jimmy une nouvelle fois, alors en plus d’être loin, je regarde l’œuvre de façon furtive. Si ce que je décris semble absurde une fois devant l’œuvre, il ne faudra pas m’en vouloir, je suis encore sonnée par les vibrations du cylindre ponceur et en plus Jimmy a limite intégré les motifs du tricot de son pull à l’œuvre. Il faut admettre que les couleurs collent vraiment bien. En plus, tout option design que je suis je ne voudrais pas me frotter à de mauvaises interprétations.
Enfin, mis à part quelques soucis et quelques obstacles choisis pour faire ce travail le moins bien possible et bien que je repousse d’une page mes propos sur l’œuvre, il va bien falloir que je vous parle d’autre chose que de la tête blanche en bas à droite. Bon, alors le plus évident c’est le volcan, élément central (ça me rappelle que j’ai raté de peu l’occasion d’en voir un), oui un volcan noir rocailleux avec des sillons marrons. Mais ce qui attire chaque fois mon regard c’est le rouge du ciel, je ne sais pas avec exactitude de quel rouge il s’agit, ni coquelicot, ni brique, certainement pas aussi rose que le magenta des tubes d’acrylique, plus clair. Les couleurs de ce tableau sont certes assez « japonisantes » comme le disait Alexis tout à l’heure. Oui, j’ai presque triché mais je ne suis pas descendue moi-même. Et puis par ailleurs grâce à ces discussions je sais qu’il y aurait écrit « O Guagua » en bas de l’œuvre et que l’auteur serait un certain « Marc Bruce ». Je ne sais pas si le O guagua est un cri mais ça pourrait être celui du diable qui se dessine dans les volutes de fumée noire qui s’échappent du cratère, mais pas du chien qui me semble bien trop mou pour menacer d’un tel cri. J’aimerais beaucoup vous en dire plus sur l’œuvre, mais je n’y vois pas grand-chose d’autre qu’un visage blafard et un chien, menacés par un diabolique volcan noir sous un ciel rouge ardent et des couleurs très chaudes, (dans le sens véritable où l’air semble lourd et brûlant). Là c’est sûr avec des états d’âmes pareils, Gérard Bonnaud m’aurait collé un deux sur vingt mais bon... Apparemment on a le droit d’écrire tout ce qu’on veut.
Un dernier problème qui n’en est pas un, je n’ai presque plus de place sur cette feuille, vais-je être sauvée par le gong? J’ai sûrement assez de place pour décrire le pull de Jimmy mais si ça coupe tant pis. Ce pull un peu irlandais a une base marron et des petits motifs triangulaires blancs, jaunes et rouges. Par moments même, la tête de son propriétaire est remplacée par la tête blanche et sans mauvaise blague, ça rend pas mal, pas mal du ... [hélas ce texte passionnant a été coupé suite à une panne de papier, afin de garder bonne conscience, nous en sommes restés là, aucun arbre ne mérite de finir en journal d’ado. Par ailleurs le manque de recherche et l’évidente perte de repères de l’auteur ce jour-là, ont été restaurés par une nuit de sommeil puis quelques jours plus tard, une analyse détaillée de l’exposition à laquelle appartenait l’œuvre a été offerte par le commissaire de l’exposition, graveur passionné.]
Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire
samedi 19 janvier 2008
vendredi 28 décembre 2007
Alexandrins
C'est en comptant encor qu'on écrivit jeudi
Il fallait compter juste et s'arrêter à douze
Comme toujours à la fin chacun lut son papier
certains tout étonnés de tomber sur leurs pieds.
Il fallait compter juste et s'arrêter à douze
Comme toujours à la fin chacun lut son papier
certains tout étonnés de tomber sur leurs pieds.
Claude Lothier
"Si tous les gars du monde voulaient s'donner la main"
Tous les jeudis matins je prends le TGV
Oui mais la s'maine prochaine je ne le prendrai pas
Depuis quelques semaines on circule en tramway
C'est plus rapide qu'à pied et puis c'est abrité
J'ai ach'té un ticket pour faire dix traversées
Je conseille à tout l'monde d'aller bien explorer
La ligne sur tout son long, de l'université
Où très émerveillé j'ai fait la découverte
D'une belle bibliothèque accessible à tout l'monde
Rien que d'en faire le tour on écarquille les yeux
Il y a des puits de lumière, de splendides espaces
L'architecte est poète, il dessine ses volumes
En perspectives faussées tout en grand angulaire
Il habite Nancy et c'est lui qui refit
Le musée de Matisse au Cateau-Cambrésis
Et aussi le musée des Beaux-Arts de Nancy
Tout au sud de la ville (je reviens au tramway)
On débarque en campagne, enfin pas tout à fait
Il y a là Antarès, c'est une soucoupe volante
On n'est pas loin non plus du circuit des autos
Où chaque année en juin viennent ronfler des bolides
C'est très assourdissant du moins je l'imagine
Ce que j'aime en tramway c'est qu'on glisse sur les rails
Mais on voit moins la ville à travers ses fenêtres
Qui pourtant sont très grandes, on prend l'air ennuyé
On prend l'air habitué on fait semblant de rien
Comme si depuis toujours sans nulle interruption
On avait circulé en traction électrique
Alors qu'il y a longtemps on avait tout cassé
Du premier des tramways, celui de 1900
Qui transporta gaiement toute la populace
Au-dessus de la Sarthe et ce joli croisement
Détruit en 45 à cause des allemands
Je regrette le fer de ses poutres en dentelle
Un peu comme celles qu'on voit au carrefour des Minimes
Pont en X lit-on sur les cartes postales
Qui marquèrent l'époque et nous font rêver d'elle
Comme le dit Calvino c'est fait pour ça les cartes
Bien contents du progrès on dit la larme à l'oeil
Comme c'était mieux avant et puis on téléphone
On envoie des e-mails on va vite à Paris
"Oui mais dans l'monde entier c'est pas partout Paris"
Savez-vous qu'à Brûlon naquit monsieur Claude Chappe ?
C'est son buste à la poste qu'on voit sur le fronton
Vous pourrez lire son nom et penser télégraphe
Une invention très belle qui naguère rapprocha
Les contrées séparées par des dizaines de lieues
Des bras articulés transmettaient des signaux
Qu'il fallait décoder au moyen d'un gros livre
Le petit personnel lui n'y comprenait rien
Seul le chef à casquette accédait aux secrets
Qui traversaient la France et sauvaient les élites.
Tous les jeudis matins je prends le TGV
Oui mais la s'maine prochaine je ne le prendrai pas
Depuis quelques semaines on circule en tramway
C'est plus rapide qu'à pied et puis c'est abrité
J'ai ach'té un ticket pour faire dix traversées
Je conseille à tout l'monde d'aller bien explorer
La ligne sur tout son long, de l'université
Où très émerveillé j'ai fait la découverte
D'une belle bibliothèque accessible à tout l'monde
Rien que d'en faire le tour on écarquille les yeux
Il y a des puits de lumière, de splendides espaces
L'architecte est poète, il dessine ses volumes
En perspectives faussées tout en grand angulaire
Il habite Nancy et c'est lui qui refit
Le musée de Matisse au Cateau-Cambrésis
Et aussi le musée des Beaux-Arts de Nancy
Tout au sud de la ville (je reviens au tramway)
On débarque en campagne, enfin pas tout à fait
Il y a là Antarès, c'est une soucoupe volante
On n'est pas loin non plus du circuit des autos
Où chaque année en juin viennent ronfler des bolides
C'est très assourdissant du moins je l'imagine
Ce que j'aime en tramway c'est qu'on glisse sur les rails
Mais on voit moins la ville à travers ses fenêtres
Qui pourtant sont très grandes, on prend l'air ennuyé
On prend l'air habitué on fait semblant de rien
Comme si depuis toujours sans nulle interruption
On avait circulé en traction électrique
Alors qu'il y a longtemps on avait tout cassé
Du premier des tramways, celui de 1900
Qui transporta gaiement toute la populace
Au-dessus de la Sarthe et ce joli croisement
Détruit en 45 à cause des allemands
Je regrette le fer de ses poutres en dentelle
Un peu comme celles qu'on voit au carrefour des Minimes
Pont en X lit-on sur les cartes postales
Qui marquèrent l'époque et nous font rêver d'elle
Comme le dit Calvino c'est fait pour ça les cartes
Bien contents du progrès on dit la larme à l'oeil
Comme c'était mieux avant et puis on téléphone
On envoie des e-mails on va vite à Paris
"Oui mais dans l'monde entier c'est pas partout Paris"
Savez-vous qu'à Brûlon naquit monsieur Claude Chappe ?
C'est son buste à la poste qu'on voit sur le fronton
Vous pourrez lire son nom et penser télégraphe
Une invention très belle qui naguère rapprocha
Les contrées séparées par des dizaines de lieues
Des bras articulés transmettaient des signaux
Qu'il fallait décoder au moyen d'un gros livre
Le petit personnel lui n'y comprenait rien
Seul le chef à casquette accédait aux secrets
Qui traversaient la France et sauvaient les élites.
Shan Huang
Nous pouvons voir la terre depuis l'univers
Il y a une conception en forme de cœur
C'est un petit village qui est sur la terre
Il est à la longitude 20 degrés
Sa latitude est 20 degrés aussi
Il y a une maison pas loin de la mer
un joli tapis déposé dans une chambre
Il y a des lunettes sur ce tapis jaune
Un pied de ces lunettes noires est cassé
Une table basse où se trouve ce pied
Sur cette table, il y a un verre plein
Un cafard est mort dans ce verre de lait pourri
Deux phrases de mon texte sont gommées
Il y a une conception en forme de cœur
C'est un petit village qui est sur la terre
Il est à la longitude 20 degrés
Sa latitude est 20 degrés aussi
Il y a une maison pas loin de la mer
un joli tapis déposé dans une chambre
Il y a des lunettes sur ce tapis jaune
Un pied de ces lunettes noires est cassé
Une table basse où se trouve ce pied
Sur cette table, il y a un verre plein
Un cafard est mort dans ce verre de lait pourri
Deux phrases de mon texte sont gommées
Myriam Thuault
Les alexandrins
- Je pleure du sable et je raconte des histoires.
- Il me faut du temps pour le dire en quelques mots.
- Je danse sur un arrosoir et je souffle du thé.
- J'écoute un stylo et je recule de trois lits.
- Tu penses en bâtonnets Igloo et chantes la vie.
- Tu n'es plus le même depuis que tu as changé.
- Au petit bac la grenade compte pour trois genres.
- Les Laboratoires Garnier nous disent: "prends soin d'toi".
- Le petit bonhomme en mousse qui s'élance et qui...
- Si maman si, si maman si, maman si tu...
- Patrick G porte un beau maillot de corps bleu gris.
- David racle sa gorge en état de réflexion.
- Paula arrive en retard pour la douzième fois.
- J'aimerais savoir ce que Simon B rédige.
- je porte une tunique à tendance Brancusienne.
- Shan tapote des mots pour trouver des mots semblables
- Je ne sais plus son prénom mais elle écrit, wahhouuuu!
- Louise porte une broche tout près de son cou pour Paris.
- Claude apprécie l'écriture au stylo triple mine.
- Je range mes idées dans des boîtes en osier rose.
- Mon Reynolds meurt entre mes doigts noircis de lui.
- La page vierge de ce cahier me donne envie...
- Il dit que la vie c'est comme une boîte de choco.
- Les pères Noël sont verts et je mange des brioches.
- Je pleure du sable et je raconte des histoires.
- Il me faut du temps pour le dire en quelques mots.
- Je danse sur un arrosoir et je souffle du thé.
- J'écoute un stylo et je recule de trois lits.
- Tu penses en bâtonnets Igloo et chantes la vie.
- Tu n'es plus le même depuis que tu as changé.
- Au petit bac la grenade compte pour trois genres.
- Les Laboratoires Garnier nous disent: "prends soin d'toi".
- Le petit bonhomme en mousse qui s'élance et qui...
- Si maman si, si maman si, maman si tu...
- Patrick G porte un beau maillot de corps bleu gris.
- David racle sa gorge en état de réflexion.
- Paula arrive en retard pour la douzième fois.
- J'aimerais savoir ce que Simon B rédige.
- je porte une tunique à tendance Brancusienne.
- Shan tapote des mots pour trouver des mots semblables
- Je ne sais plus son prénom mais elle écrit, wahhouuuu!
- Louise porte une broche tout près de son cou pour Paris.
- Claude apprécie l'écriture au stylo triple mine.
- Je range mes idées dans des boîtes en osier rose.
- Mon Reynolds meurt entre mes doigts noircis de lui.
- La page vierge de ce cahier me donne envie...
- Il dit que la vie c'est comme une boîte de choco.
- Les pères Noël sont verts et je mange des brioches.
Louise Devin
Alexandrine
Elle est partie fâchée, sans le moindre regret
Comment une fille peut plaire sans avoir l'air vulgaire
Peut être est-ce possible mais pas pour Damasine
Dès le soleil levé elle se met à jouer
De pinceaux et de plumes, la pauvre est ridicule
Fardée du bout du nez jusqu'en haut des sourcils
Elle met du rouge baiser et ses lèvres en fourmillent
Elle prend alors son peigne et attaque la tignasse
Pour faire d'un sac de nœuds la plus belle des blondasses
Reste pour s'accomplir de choisir sa parure
Et c'est sans oublier de trouver les chaussures
« Talons ou escarpins ?», se demande la belle
Oh comme la vie est dure, pourquoi tant de dilemmes
« Et mince le ciel est bleu, j'avais mis mes yeux verts »
Cria-t-elle aux Grands Dieux avec un air amer
Se pourra-t-il un jour avec une chance rare
Que son environnement la soutienne sans égard
Elle est partie fâchée, sans le moindre regret
Comment une fille peut plaire sans avoir l'air vulgaire
Peut être est-ce possible mais pas pour Damasine
Dès le soleil levé elle se met à jouer
De pinceaux et de plumes, la pauvre est ridicule
Fardée du bout du nez jusqu'en haut des sourcils
Elle met du rouge baiser et ses lèvres en fourmillent
Elle prend alors son peigne et attaque la tignasse
Pour faire d'un sac de nœuds la plus belle des blondasses
Reste pour s'accomplir de choisir sa parure
Et c'est sans oublier de trouver les chaussures
« Talons ou escarpins ?», se demande la belle
Oh comme la vie est dure, pourquoi tant de dilemmes
« Et mince le ciel est bleu, j'avais mis mes yeux verts »
Cria-t-elle aux Grands Dieux avec un air amer
Se pourra-t-il un jour avec une chance rare
Que son environnement la soutienne sans égard
Pauline Abbadie
A la table du Louisiana sirotai-je
lorgnant le défilé du délicieux cortège
sous mes yeux de terrassier en place de mirer
le doux laid face à la vitrine de l'épicier,
Madame la propriétaire, sac sorti,
pour sa mensuelle guérison à la pharmacie.
Parait-il qu'elle serait tombée de tout son sus...;
encore aurait-il fallu que je le susse!
Monsieur Pic et sa cuisse de canard du midi
"à la graisse d'oie que je la cuis", qu'il me dit.
L'air étonné pris-je pour ne pas le vexer,
tous les jours me dit-il ça devant mon perrier.
La table d'à côté déjà sort ses huîtres
rien que pour un énième blanc d'Alsace. Fichtre!
Le mollusque flasque tombe face à la gueule du chien,
il n'imagine pas sa proche nausée; le vaurien.
De pis en pis devient Madame Rizière
de sa peur du trottoir, elle y laisse son derrière
rasant les murs d'un lèche vitrine forcé
narguant la chute jusqu'à la cabane du boucher.
Douces pensées citadines d'un verre solitaire
lorgnant le défilé du délicieux cortège
sous mes yeux de terrassier en place de mirer
le doux laid face à la vitrine de l'épicier,
Madame la propriétaire, sac sorti,
pour sa mensuelle guérison à la pharmacie.
Parait-il qu'elle serait tombée de tout son sus...;
encore aurait-il fallu que je le susse!
Monsieur Pic et sa cuisse de canard du midi
"à la graisse d'oie que je la cuis", qu'il me dit.
L'air étonné pris-je pour ne pas le vexer,
tous les jours me dit-il ça devant mon perrier.
La table d'à côté déjà sort ses huîtres
rien que pour un énième blanc d'Alsace. Fichtre!
Le mollusque flasque tombe face à la gueule du chien,
il n'imagine pas sa proche nausée; le vaurien.
De pis en pis devient Madame Rizière
de sa peur du trottoir, elle y laisse son derrière
rasant les murs d'un lèche vitrine forcé
narguant la chute jusqu'à la cabane du boucher.
Douces pensées citadines d'un verre solitaire
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- Claude Lothier
- Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist