Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

lundi 27 octobre 2008

Inspirés par les Frères Lumière






Il s'agissait de regarder des films de moins d'une minute des Frères Lumière pour se laisser porter et sentir soudain la vague suscitant un afflux de propos écrits en réponse aux images mouvantes et émouvantes.

Estelle Kongo-Bacary

Les faits divers journalistiquement intimes.

La péniche venait d'amarrer sur le quai. Elle tanguait encore un peu. Les hommes étaient sur le point de quitter l'embarcation. Bien apprêtés, après une dure journée de travail, ils pensaient retrouver leurs femmes qui les attendaient patiemment dans leurs doux foyers. Les techniciens ne pensaient pas que vraissemblablement Maman voulait faire impression avec sa belle robe à rayures. Le simple fait d'y repenser me donne la nausée. Je me souviens, il y avait ce petit vent frais de la fin de l'été qui faisait apparaître la calvitie naissante de Papa.
C'était les vacances, je mangeais du chocolat. A l'époque je ne me rendais pas encore compte que l'un des trois hommes avait triché lors d'une partie de cartes. L'alcool coulait à flots. Ce dernier lorsqu'il se rendit compte qu'il était piégé, sortit une arme de veston. Comme une nouvelle d'Yves Bonnefoy qui finissait mal. Comment une partie de cartes en famille pouvait se tranformer en inondation dans Paris ?
J'entends encore le cliquetis des sabots des chevaux sur les pavés de la rue. Il y avait foule, je me souviens que nous avions été évacués en barque. Ca tanguait pas mal. Nous quittions notre appartement quand des familles de sans papiers furent expulsées, place de la Bourse.
Ils vivaient semble-t-il dans des logements insalubres. Le propriétaire, un particulier, tenait à rénover son bâtiment. Les travaux n'avançaient pas plus, la maison avait de très grandes marches. J'avais mon poupon et une de ces robes à frou-frous très en vogue que Maman avait vue dans une boutique à Paris. "Mes premiers pas à Lyon", c'est ce qu'il y a d'inscrit sur la bobine. J'avais des botillons qui ressemblaient à des chaussures orthopédiques. Les enclumes se sont prises dans le tulle. Comme au ralenti, je me suis vu tombé sous le poids de mon scaphandre. En regardant ma poupée de chiffon qui, elle, était déjà à terre.

Anne-Emmanuelle George

Le temps passe, passe toujours trop vite. En accéleré, x10, x12, le temps est réelLement butant, saccadé, trébuchant.
Ces images artistiques parfois ironiques mais tellement réalistes, je les ai déjà vues, vues et revues, certes sans me lasser, avec une pointe de nostalgie, de sarcasme et bien souvent avec le sentiment de découvrir à nouveau un monde de découvertes.
Voyant la vie s'afficher telle que je l'avais rêvées maintes et maintes fois.
J'aime ces regards tantôt étonnés, tantôt subjugués.
J'aime ces dames un tantinet coquettes, ces messieurs à l'allure pressée, curieux de tout et ces enfants si convaincants et si vifs dans le rôle qu'ils incarnent. Le Monde me paraît si vaste, si intouchable, il me rappelle alors l'être si invisible que je suis.
Personne ne se souviendra de mon nom dans un siècle.
Combien de personnes sont passées devant cette caméra?
Noirs et blancs s'accordent...

4

5

6

7

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist