Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

lundi 1 décembre 2014

Gabrielle Choi, Rituels

Peut-être pour la soixantième fois maintenant, je me dirigeais comme chaque matin vers le petit garage. Mes pas s'enfonçaient légèrement dans la terre battue humide. L'air chargé de minuscules gouttelettes d'eau m'engourdissait dans la torpeur dont je m'étais arrachée quelques instants plus tôt. Il faisait encore nuit, une ambiance grise, de brouillard, mais étrangement l'hiver n'était pas encore là. Arrivée face à la vieille porte en bois, j'exécutai pour la énième fois le même geste machinal. Ma main droite saisissant dans ma poche le trousseau de clés, cherchant la bonne d'une seule main du bout des doigts, j'introduisis la clé dans la serrure, pour faire élever dans le silence matinal un grincement aigu par un pivotement sec de la porte bleue à la peinture écaillée. A l'intérieur, je découvrais sans surprise mon vélo adossé au mur, resté là sans broncher toute la nuit. Nous voilà partis pour une course de 4 km. Le parcourt est plus ou moins difficile. Dès le départ, une petite pente s'annonce comme pour m'encourager. Douce et engageante je me laissais aller, mon poids me suffisait pour avancer. Pourtant très vite, par la vitesse, le vent froid s’engouffrait et s'infiltrait dans mes vêtements par les espaces qui avaient échappé à mes précautions d'emmitouflement. Les frissons me gagnaient. J'avais le sentiment de n'être pas encore tout à fait réveillée, et la présence de cette brume épaisse transformait le réel en fantôme. Les seules touches de couleurs n'étaient que les yeux flamboyants des voitures qui se succédaient le long de ma route et au loin, passant sur le pont au-dessus de la Sarthe, la grande silhouette de pierre, vieille bâtisse religieuse se dressait dans ma vision troublée.

Gabrielle Choi

Maëly Massereau perdue dans ses pensées à partir de quelques images

Elle était assise sur un rocking-chair, une bougie posée à côté d'elle. Sa main, qui flottait au-dessus de la flamme, lui suffisait à se réchauffer. Perdue dans ses pensées, elle regardait les gouttes d'eau qui glissaient le long de la fenêtre du salon. Elle se balançait, s'aidant d'abord de ses jambes. Elle les replia ensuite afin de se laisser bercer. Nous étions en hiver, la radio était allumée. La voix pleine de pureté d'Ella Fitzgerald embellissait la pièce et réchauffait son teint blafard. Elle portait une chemise en satin qu'elle avait trouvé au grenier le matin même. Elle avait l'air d'une femme. Le téléphone sonnait, mais elle ne répondait pas. Soudain, une main lui attrapa violemment le poignet...




















Maëly Massereau

Journal d'un Plasto-Ramasseur, par Rémi Hertrich

Jour 751

Voilà deux semaines que j'erre sans relâche à travers l'immense déchetterie qui fut autrefois Paris. A bord de mon canard mécanique à vapeur je parcours les décombres à la recherche de plastique. Voilà 751 jours que tout pétrole à disparu de la terre. Le plastique recyclable est l'or nouveau de ce monde. 

Jour 752

Plutôt satisfait de mon achat, le canard mécanique à vapeur est de loin le moyen de transport du plasto-ramasseur le plus commode. Son bec, puissant et précis permet d'extirper la moindre matière plastique incrustée dans les parois. Le système à balancier de ses jambes en fait un véhicule tout terrain mais paradoxalement confortable. Son maniement me rappelle la balançoire de ma jeunesse. Ce sentiment de flottement quand le balancier est à son potentiel maximum pour se relâcher jusqu'à basculer à son potentiel opposé me repose. 

Jour 760

Je tombe sur une usine à charbon. Un autre élément fossile de notre planète mais celui-ci est substituable. Tous les arbres de toutes les avenues de Paris y sont passés. Quand il n'y eut plus d'arbres, ce fut la fin de la feu capitale. Le dernier train qui menait à Paris coûtait très cher pour acheminer le bois et la vie urbaine devenait impossible, par son prix, par sa fumée noire épaisse polluant l'air. 
Cette usine est belle et bien nettoyée. Pas une trace de charbon. Mon canard commence à en manquer. Il me faut une alternative. 


Jour 763

Suis-je bête, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt… Les standards téléphoniques. La fin du plastique et de la vie moderne aidant, le téléphone à charbon était revenu de mode. Les gens avaient brûlé tout le bois mais en avaient oublié les téléphones. 

Jour 770

Mon canard est foutu. Il me faut trouver un émetteur et un récepteur à lampe d'urgence pour contacter de l'aide. Au cas contraire il me faudra marcher jusqu'à mourir de faim.

Jour 789

Quelle triste faim. 


Rémi Hertrich


dimanche 30 novembre 2014

Trois textes de Charlotte Pineau en un seul envoi

Atelier écriture n ° 1 - John Kennedy Toole et C.Mc C avec Claire Berrebi 

J.K : .. Quant à mes convictions à l'égard de l'injustice sociale des pastèques et de leurs droits civils, mon anneau pylorique a vigoureusement réagi.. 

C.McC : Tu traverses un verger, tu es comme l'un de ces arbres tordus et voire, tu es une banche morte! 

J.K : Mais je n'ai pas connu quiconque qui brouillonne à l'apport des égouts. Même les poissons près de ton triste verger meurent de cette complète absence de contact avec la réalité quasi-totale de l ' " art " d'Amérique.. 

C.McC : Quel vent.. Tu es comme la cendre molle, indépassable dans le sillon du verger. Dans la réalité nous sommes comme tes pastèques, composées de sang séché, où poussent les uns à côté des autres, comme des frises de têtes humaines ou des viscères, desséchées, aplaties. Ton sourire est crispé, tes yeux rétrécissent ! 

J.K : Je n'ai jamais vu pousser moralement et spirituellement des compositions de sang séché ayant d'ailleurs une certaine aphasie stagnante. J'aimerais que la circulation de ces engins à leurs grosses lèvres bâtissent quelque part à travers l'obscurité de ce verger une ressemblance entre l'art d’Amérique et certaines régions d'Afrique !

C.McC : Tu parles d'anciennes cicatrices armées d'anciens motifs cousus le long des murs de pierre. Tu ne peux pas perdre la tête, même sous les coups de gourdin! 


Atelier écriture n° 2 - Liste de mots inconnus 

Un moment de flottement, l'esprit s'égare mais les yeux sont là, grands ouverts, à l’afflux du moindre petit détail. J'observe. J'observe tous ces passants ayant cet air roboratif. Ils filent. Le regard au sol, ou loin devant. Ils sembleraient suivre un chemin déjà tracé. Ils longent ces lignes imaginaires adjacentes les unes aux autres. Tous les laissent indifférent, tels des automates. Ces chemins éphémérides qu'ils créent transforment mon regard chafouin en un regard exaspéré. Tout a l'air d'être prédéfini. Mes yeux se posent sur cet homme, grand, attirant, une carrure qui ne passe pas inaperçue. Son air vigogne le rend frigide. Je le perds de vue. Ce moment intempestif me plonge dans une multitude de questions. 


Atelier écriture n° 3 - Ecrire d'après dessin - schémas 

L'heure sonne où les mains s’entrelacent 
où la pression atmosphérique trépasse
où l'eau épouse la forme de sa nuque 
où dans leurs esprits, il se passe plein de trucs
L'air chaud sous son dos,
le potentiel sous ses pieds, 
ne font que répondre aux secrets que cache cette clef. 
L'heure sonne où elle se trouve en chute libre
où ce transformateur nous fait part de son calibre
où l'administration publique se trouve sous le bureau
où là-haut, il faut toujours aussi chaud. 
La lumière est éteinte, 
l'énergie surgit, 
le temps que les hélices s'actionnent. 
L'heure sonne où sa jambe se soulève,

où dans les champs ils ne connaissent pas le mot " grève".

Charlotte Pineau

samedi 29 novembre 2014

Corentin Postic inspiré par quelques images qui lui ont été données

Deux personnes qui discutent.

A - Pour que quelque chose se fasse, il faut que tu fasses. Que tu pousses, tu tires, tu forces, tu tournes, tu tombes, tu balances...
Et après ça se passe ! Ça s'envole, ça tombe, ça part.

B - Mais comment ça se passe ?

A - Par le cours des choses, tu as fais quelques chose pour que quelque chose se fasse.

B - La cour ?

A - Oui ! Le cours des choses, la force des choses. Tu as voulu que quelque chose se fasse, tu as fais quelques chose, tu as forcé, tu as mis en œuvre.

B - Je ne peux donc rien faire tout seul ? 

A - Bien sûr que si, mais tu auras auparavant fait quelque chose pour que... deux choses donc.

B - Comme s'il fallait tout le temps qu'on soit deux... Mais quand je pense, je suis tout seul !?

A - Huumm, tout seul ? Ou tu parles à la petite voix qui trotte dans ta tête ? Moi j'appelle encore ça être deux !

B - J'ai compris ! Tu auras fais quelques chose seul, sans interagir, mais tu auras décidé de le faire, tu l'auras voulu. Ça marche comme la force, tête veut, corps veut ! 

A - Oui voilà, autrement dit ta tête est ton plus gros muscle, donc continue à parler à ta petite voix !

samedi 15 novembre 2014

Deux personnes qui discutent, écrit Corentin Postic

Le curé sur le mur

Deux personnes qui discutent.

A - Comme je dois lui paraître acariâtre.
B - Mais il ne déparerait le héros et la diaphane.
A - Avec perspicacité.
B -  Ma question tombe comme un caillou et fête l’incantatoire.
A - Je sais que pour son ephéméride...
B - Ma fille est une sorte de petit paladin radicelle.
A - Adjacent les meubles de paille et pousse devant ellele troupeaucomme si elle le menait en ce moment.
B - Je sais que pour sa vigogne fidèle...
A - Et un petit aquilin
B - Inaccessible au commun des oriels
A - Opiniâtre
B - Le mot presbytère venait de timoré

A - C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse, avait dit chafouin

vendredi 14 novembre 2014

Supermarché express avec des mots latins par Quentin Geslan

Supermarché express

Être bercé par le mouvement de l'escalator. Lentement parvenir dans le hall, se diriger rationnellement vers les tourniquets automatiques, d'allure active et gracieuse comme les voltiges d'une libellule affolée par l'odeur contagieuse de l'origan mijoté au stand culinaire à l'entrée.

Sur les écrans animés à notre gauche, défilent les images d'un blockbuster où à la suite d'un naufrage miraculeux, des grenouilles carnifex dévorent généreusement les rescapés. 

Continuons notre marche, ponctuée d'arrêts incertains entre les biscuits et les fruits secs. Petit garçon, invisible dans l'allée à notre droite (apparemment celle du miel, des confitures et des pâtes à tartiner), humilié par son paternel d'avoir modestement tiré la langue à un ou une inconnue. Dans l'intervalle des paquets de semoule alignés en rangs quinze par quinze, jetons un œil pour entrevoir la scène publique. Le petit garçon, persévérant d'impertinence, continuait d'irriter le père

et par la même occasion, une famille taciturne et ruinée, bien décidée à se frayer un chemin entre les mailles du filet.

Poissonnerie – boucherie : sanctuaire à viande les chambres froides

nous les évitons pour mieux rejoindre la jardinerie : un brin de nature et de parfums nobles

pour finalement ressortir à l'entrée
affolés par l'odeur du met provençal à l'origan que
par l'irrésistible tentation
nous achetons.

Quentin Geslan

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist