Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

mercredi 8 mai 2019

Edusha Lassissi décrit une photographie que nous ne voyons pas


Bleu. Bleu et brun.
Le sol est gris et rempli de bordel. Des sacs poubelles, des poubelles, des cartons, des planches. 
Une fenêtre qui ne donne sur rien. 
Les murs en sont remplis, de rien. 
Le plafond n’est pas droit, il est marron. 
Foncé. 
Le mur est marron clair.
Le sol est toujours gris.
Je ne comprends pas ce qui est carré et bleu au milieu ? C’est très bleu, pourtant. Je sais, ça n’a rien à voir. 
C’est lumineux.
Comment en sortir ? 
Il parait que ça n’existe plus. 
Qu’y a-t-il à la place ? Quelque chose de moins charmant, probablement. 
C’est bleu et brun et marron et beige, c’est lumineux et fermé et fenêtré et dérangé. 
Bleu et brun.

Edusha Lassissi marche regarde écoute sans parler puis écrit


jeudi 7 février 2019

Léna Guyon aime les silences et la lumière


On est partis, le soleil se couchait dans le silence. Nous avancions sous le ciel très bleu à la luminosité décroissante. Le vent était froid et chargé de fumée de Mélanie. Lorsque l'on est partis je ne pensais pas que cette expérience serait aussi agréable. Marcher en groupe mais dans le silence. J'ai ressenti plus profondément nos liens. J'aime les silences entendus. Il n'y a pas de sentiment de solitude, au contraire. Dans ce silence nous étions bien plus attentifs les uns aux autres mais aussi à nous mêmes. C'était très doux. Je nous ai trouvé beaux, là au milieu de la place dans les lumières de la nuit. Notre rythme était lent, nous nous sommes arrêtés mais nous n'étions pas perdus. J'avais l'impression d'assister à cet instant de vie des gens que nous croisions sans qu'ils me voient. D'avoir pris tant de recul... 
Encore là j'ai du mal à parler, c'était très beau. Une lumière que j'aime.


Mélanie Pelletier n'a pas parlé mais a pensé

Je suis rentrée,
en premier.
J'étais lassée
obsédée.

Je voulais vider le Mans
Comme Nicolas Moulin vide Paris
Et dans le même temps
J'aurais voulu taire tous les bruits

J'ai vu un ancien ami, il était dans le tram.
J'imagine qu'il rentrait de la fac, 
un peu en vrac.

J'ai vu deux autres connaissances, 
que j'aurais aimé
ne pas croiser.

J'ai entendu
une petite fille pleurer et sa maman bourrue,
un jeune homme disant à ses amis « Ta mère elle crèche à Pandora ? » fier comme un roi,
un couple se bécotant
pause
elle demande : « T'as vu mes ganglions ?
Genre ?
Dedans ? »

Je semble sûrement pessimiste,
Il n'en est rien !
Enfin...

J'ai_
Non !
Mes yeux !
Mes yeux ont aimé le ciel bleu,
les lumières

Mes mains et mon visage ont accueilli le froid, appréciant.
Mes oreilles, 
bien que brusquées lorsque les cris rentraient dedans,
se sont vues mélomanes de la circulation.

J'ai cru voir, mais je ne suis pas sûre, quelques gens heureux.

Lors de l'aller, 
Kevin en train de marcher,
je regardais sa silhouette évoluer avec grâce.

Pour le retour,
revoilà le démon vautour : je regarde mes pieds,
priant d'être bientôt arrivée.

Ça y est, l'école.
Plus bordélique que frivole.

Ici aussi la lumière est jolie,
j'y passerais bien la nuit.

J'ai oublié de raconter :
Claude que je sens dans mon dos, son arrêt résonne
le SDF qui hurle « puta puta » au téléphone
le tram qui sonne

Kévin Fromont n'a pas parlé en marchant

Marche silencieuse

Une fois les règles établies nous sommes partis.
Nous avons commencé à descendre la rue et dans mon coin d'œil gauche, j'ai vu une femme qui allait sans doute emprunter le même chemin que nous. Je marchais un peu plus vite alors j’étais devant. Pour traverse la route, je n'ai pas attendu le feu rouge. Plus de voitures, on traverse. Quand on atteint l'autre côté, le rythme est différent. Je suis toujours devant. Une discussion sur les juifs. "Bon week-end. A toi aussi." On continue de monter, on arrive bientôt sur la place. Place. Je m'assois, Mélanie me rejoint. Ainsi que les quatre, suivent le mouvement comme le début. Je me dis qu'il est temps de bouger après quelques secondes d'assise et nous allons vers un arrêt de tram. Là, une femme nous attend devant les sièges prévus. Je croise son regard. Quand on arrive, un tram arrive. La Ligne 1. Léna me photographie, et pendant qu'elle le fait, un homme la dévisage en face de moi à l'abri derrière sa paroi de verre. Le tram repart et un enfant, une enfant que l'on entend pleurer, crier, on ne sait pas trop. On entend la mère qui répète, a répété trois fois, à l'enfant, qu'elles étaient sorties du tram. Nous sommes toujours à l'arrêt. Elle se posent, au pluriel, sur des sièges situés à ma gauche tandis qu'un père et sa fille arrivent un peu plus tard. Pas du tout la même ambiance. Le père et sa fille sourient. Elle revient de là où elle a fait des pas chassés. "Des petits pas chassés, trop mignon.", disait le père. Il est temps de s'en aller entre les deux ambiances familiales. Nous partons, un tram arrive. Je ne sais pas quelle ligne. Sur le retour, on croise Guy Brunet, Claude lui parle. Nous le laissons. Et plusieurs fois nous nous retournerons pour voir s'il revient. De loin, je vois qu'Edusha et Solaine ont brisé la règle du silence dans l'intimité. Je les comprends, j'aurais fait la même chose. Je décide de traverser la route que quand il n'y aurait plus de voitures. C'est long, je marche. Le bus est loin. Je traverse. L'envie de parler est brûlante. Anaïs me dit "Bonsoir", je hoche la tête comme je n'ai pas me droit de parler. J'ouvre la porte à Léna. A l'intérieur, Edusha me propose des gâteaux, j'ouvre la bouche, enfin, pour lui dire : "Merci".

Solaine Jauréguiberry

Le froid brûle mes jambes. Le bruit du jogging d'Edusha occupe toutes mes pensées, j'ai la chanson de Lomepal en tête. Je me refais la série d’événements qui va suivre cette promenade. Comme très souvent je marche sur une ligne de pavé, ça me fait regarder la démarche du reste du groupe. On est placé comme une formation d'équipe de foot, on est assez espacés. Kevin est devant. Claude lève la tête vers le mur de l'école comme si c'était la première fois qu'il regardait ce mur alors qu'il est sans doute passé là une centaine de fois. Il sourit puis contourne un arbre, je crois que beaucoup de gens font ça, sans doute parce qu'on se dit que les chiens font pipi là. Puis la chanson revient. Tout le monde se met à traverser la route n'importe comment. Louis me pousse légèrement avec son épaule. Un bus arrive, le ciel a le bleu comme j'aime, ça donne une vraie impression de coupure avec les toits. Dans la petite montée le long du Barouf je retombe sur le jogging d'Edusha, il est si beau, il faut que je le prenne en photo. Les chips que mangent les deux filles du bar me donnent envie. Je suis perdue dans mes pensées sans vraiment savoir ce qu'elles regardent pour autant. On se dirige vers l'arrêt de tram, j'entends des voix au sous-sol. Ils sont trois à monter les escaliers qui donnent au milieu de la place, je crois qu'ils parlent de voiture mais je n'arrive pas à me concentrer pour écouter ce qu'ils disent. La lune est si petite, et ce bleu qui change doucement. Tout à l'heure Claude s'est arrêté pour prendre une photo, il semblait heureux, il l'a montré à plusieurs, la légende disait "On ne parle pas". Les autres sont déjà arrêtés, sous l'arrêt de tram, je les vois s'amuser de la vitre qui a sans doute été cassée pendant les manifestations des gilets jaunes. On est maintenant tous sous l'arrêt, un tram arrive. Plusieurs personnes montent et descendent, je suis contente de ne pas avoir à me serrer parmi eux. Une femme descend en colère avec son enfant, elle lui parle pas toujours très bien, je pense qu'elle doit être à bout parce qu'elle a fini par lever la main. Alors je repense à toutes ces discussions autour du fait que l'on ait le droit ou non de taper les enfants. Je sens que les autres aussi sont happés par cette scène mais, je ne suis pas sûr qu'ils aient vu la maman frapper le petit. Mélanie hésite à partir puis finit par le faire sans que l'on s'en aperçoive. Je la vois déjà au bout de la place. 

jeudi 13 décembre 2018

Kévin Fromont ne lit pas le suédois

...et fait comme il peut pour "traduire" une page puisqu'on le lui demande :

Des résultats pour donner des constructions haut feu pris, l'homme lait vint formé construit et salamandre, toi de au sens continu; grave dans la culture allemande avec un avisement pour signifier que là-bas du globe (exemple les Italiens) qui transgénoment à l'euphorie verte. Je dénonce depuis deux aspargus de Médéline qui s'avèrent être des grands hommes poilus et andriques de Médéline à la nature iconique. Ah tu es nu en-dessous ? Ô homme éliminé la-bas de sa pris sans ventre, et sans fin du l'allée quand vit ce substance informative. 
Je signifiais une fois depuis les constructions/les bâtiments de Médéline aux scènes réelles formelles, signifieront en somme de la forme que j'avais photographiée ; tu donnais l'interdiction mêlant des betteraves nuit butternut construction je devenais analogue sans grande fréquence entre langues au "arbitraire" (sans je parle), ça a du sentir l'enfer entre les langues les doigts de la nuit halte gérer compliquant mon effort a et train bougre avec avoir agora mais dans le physique sans grande fréquence de la forme.

samedi 1 décembre 2018

Lise D. et Lucie. M.G dialoguent avec des paroles de chansons

"Je pars. Ne m'oublie pas je pars.
- Faisons l'amour avant de nous dire adieu.
- Toi plus moi plus eux, plus tous ceux qui sont seuls.
- Non, pourvu qu'on soit les seuls dans cet ascenseur.
- Je n'ai pas dormi pour toi, je n'en reviens pas.
- Y'a que quand je te l'aurai mise que je saurai si t'as un bon fond.
- Perdu l'innocence des jours passés dans la cour de l'école. Du bonheur j'en ai pas.
- T'es pas une salope mais tu es vaginalement très sociable.
- Non, non, non. Je ne veux pas de toi.
- Reste. Reste avec moi j'ai besoin de toi.
- Personne ne me touche, ma personne est sacrée.
- J'ai ton désir ancré sur le mien, j'ai ton désir ancré à mes chevilles. Viens, rien ne nous retient à rien, tout ne tient qu'à nous. Je fais de toi mon essentiel, celle que j'aimerai plus que personne.
- T'as un problème avec ton slip ou quoi ? Vas-y vide-toi j'me casse d'ici.
- Je ne t'ai jamais aimé, pas même une seconde. Casse-toi tu pues et marche à l'ombre."

jeudi 29 novembre 2018

Kévin Fromont connaît la chanson

On connaît la chanson --> Réaction

Run (I'm a Natural Disaster) de Gnarls Barkley

Run away! Run away!
Run children! Run for your life!

Paroles de la chanson J'aime La Pluie par Luce

J'aime la pluie, 
Mais pas celle de Paris, 
Oui, j'aime la pluie, 
Quand elle tombe dans la mer, 

Le silence épouvantail
Le silence est épouvantail
Il fait peur à tes idées
Il fait peur à ton jardin
Le silence épouvantail

La fièvre des fleurs
Tu portes un nom de fleur
Qu'on apprend par le coeur
____
Elle est partie en leucémie
Elle m'a laissé tous ses livres
et elle est partie vivre
à chimiothérapie
à chimiothérapie
c'est un nouveau pays...

Les maladies de coeur
J'ai cassé mes jambes volontairement
Je voulais vous impressionner
Je les ai gardées dans mon coffre à gants
Je voulais vous les emballer
____________________________

lundi 26 novembre 2018

Choses entendues par Seungjoo Bae le jeudi 18 octobre 2018


Ce matin, je me suis réveillée. J’ai pris une douche, je me suis assise dans mon canapé, en
peignoir. J’ai regardé une vidéo sur Youtube en mangeant un bol de céréales. C’était la
vidéo d’une youtubeuse coréenne, qui fait une émission sur la bouffe, comme elle
présente un restaurant et montre comment elle mange. Elle décrit le goût, l’ambiance du
local, ou quelques blagues. Chaque fois qu’elle mange, elle dit « j’en mange pour vous ! ».
Je n’aime pas sa manière de parler. Parce qu’elle parle comme un enfant, manière
enfantine et prononciation inexacte. Mais je continue à la regarder parce qu’elle est tout
le temps joyeuse, j’aime bien son énergie positive.
Je suis arrivée à l’école vers 10h10. Je suis allée directement à la bibliothèque et j’ai
entendu la voix de Vincent Gérard et celle d’une fille qui parle en Anglais. C’était l’ARC
suivi de projet, où je devais être. Enfin je n’y suis pas allée. Ce midi, je me suis retrouvée
à la cafétéria et j’ai plutôt entendu la conversation des amis parce que le bruit des
travaux et du piano m’a saoulé depuis tout à l’heure. La gamelle de Félicien était trop
chaude pour manger vu qu’il l’a laissée pendant 3 minutes dans le micro-onde. Mais il a
quand même continué à manger et au moins 3 fois a dit « Il est trop chaud ». Julie nous a
raconté son séjour au festival de sculpture avec Natsuko. Juste à côté de moi, Amal a parlé
à Félicien de son projet qu’elle a réalisé à Bruxelles. J’étais un petit peu impressionnée.
Ce n’était pas par rapport à elle. C’est parce qu’elle expliquait très lentement, longtemps
et logiquement. Moi, je n’arrive pas à parler bien attentivement. Je suis toujours pressée
et au fur à mesure ne sais pas trop quoi dire. Dans l’après midi, j’ai croisé Amal et Anaïs à
la mezzanine. On a parlé de notre mémoire. Je leur ai dit « Je me suis rendue compte de
l’importance de se dire qu’on est intelligent. On est intelligent ! ». Mais Anaïs n’était pas
forcément d’accord. Parce qu’elle ne se trouvait pas intelligente. Et alors j’ai dit « alors
on est capable, on peut y arriver ». Ça lui plaisait. Nous trois, on s’est crié qu’on est
capable.
Encore dans l’aprem, à la bibliothèque, j’étais en train d’écrire mon mémoire. J’ai
entendu qu’un garçon est entré et a demandé à David où il est Vincent Gérard. Il était
juste en bas de la bibliothèque. Vincent lui a dit depuis en bas « si tu veux, tu peux venir
maintenant ». Je ne crois pas que le garçon y est allé. Mais je ne suis pas sûre.

Edusha Lassissi d'après une idée formulée par Sei Shônagon


Choses qui ne servent plus à rien mais rappellent le passé
Un stylo qui ne fonctionne plus
Un chargeur d’un appareil qui ne fonctionne plus
Un ticket de cinéma (ou métro bus train tram parc d’attraction spectacle concert)
Une photo (n’importe quelle photo, toutes les photos)
Le compte facebook d’une personne décédée
Un jouet dans une maison sans enfant
Une vieille éponge qui salit plus qu’elle ne nettoie
Une bouteille de shampoing vide (ou de gel douche, ou de crème, ou de dissolvant, ou de lessive, ou d’adoucissant)
La moitié des choses qui traînent chez moi ne servent à rien mais me rappellent des choses, alors je n’arrive pas à les jeter. Parfois même, elles me rappellent des choses qui ne se sont pas encore passées. Je pense à tous ces cartons, ces planches, ces bouts de bois que je gardais dans le but de… Faire de l’art. Globalement, je pensais peindre dessus. Mais je ne peins pas tant que ça. Et ces objets n’étaient pas si pratiques à peindre. Alors j’ai gardé longtemps, trop longtemps, ces objets, dans mon entrée, et ils m’ont emmerdée longtemps. Jusqu’à ce que je décide enfin de m’en débarrasser. Et même après avoir pris cette décision, je les ai uniquement mis dans mon couloir et ils y sont encore. Je m’en suis presque débarrassée.

Choses qui gagnent à être peintes
Les choses qu’on ne voit pas

Choses qui perdent à être peintes
Le ciel, dans tous les cas, perd carrément à être peint. Ou pris en photo. Ou représenté graphiquement, dans l’ensemble. Parce que quand on regarde le ciel, c’est beau, c’est vraiment beau. Un coucher ou un lever de soleil, c’est plein de couleurs. Assez difficile à décrire ou même à se remémorer. On se dit que les couleurs sont magnifiques et qu’on va prendre une photo (pourquoi, d’ailleurs ?) . Et puis c’est moche. C’est peut-être parce qu’on est mal équipé, mais sûrement parce qu’une photo ne retranscrira jamais, JAMAIS un putain de lever ou coucher de soleil. Mais c’est pas fini, parce que j’ai dit ciel. Ciel. Il y a un truc pire que la beauté des couleurs provoquées par le soleil qui se déplace. Il y a la nuit. Il y a les étoiles. Vous avez déjà vu un ciel étoilé ? Ben voilà. Vous avez vu une peinture de ciel étoilé ? C’est moins bien. Je trouve qu’il y a des choses dans la nature qui sont bien trop belles pour être représentées correctement, et ça y perd. Un peu comme une mauvaise reprise en musique.
Parlons-en, tiens. 
J’aime beaucoup les reprises, parce que c’est une réinterprétation personnelle d’un titre. L’artiste a entendu une chanson en particulier, qui a son identité propre, et il décide de la réinterpréter à sa sauce. C’est la même mélodie et les mêmes paroles, en général, à peu près, et ce qui change, ce sont les arrangements, les instruments, les voix, tout en fait. Et c’est ça qui est magique, je trouve. Donc j’aime les reprises quand elles sont bien faites. Et je déteste les reprises quand aucun travail nouveau n’est fait et qu’on a vraiment seulement un artiste qui rechante la chanson d’un autre artiste sans rien insuffler de nouveau à la chose. Dans ce cas-là, quel intérêt a cette reprise ? Autant écouter l’originale.
Donc voilà. Si on revient aux choses de la nature qui selon moi ne devraient pas être peintes, photographiées, dessinées ou que sais-je ; il y a une chose que je vais clarifier : de la même manière que ça ne sert à rien de reprendre un titre musical si on ne crée rien de nouveau à partir de celui-ci, ça ne sert à rien de photographier un énième coucher de soleil ou ciel étoilé si on ne crée rien de nouveau, si on ne crée pas, graphiquement, quelque chose à partir de ça. 
Pour conclure, je dirai que tout perd à être peint si on n’y ajoute pas quelque chose.

lundi 6 novembre 2017

Les rêves d'envol de Théo Leynet à partir d'un fragment de Bruegel (en haut à droite)

Quelques pics et un clocher, puis une pie en train de les survoler.
La neige chaque année, qui recouvre ces terres écorchées, 
laisse traîner une grisaille pénétrante qui m'attire sur les pentes
de la montage affutée.

Plus petit elle m'évoquait 
des dents pointues bien esseulées,
dans la bouche d'un boucanier,
noircies par le passé.

Désormais, seul son sommet, tel un cap me tient en haleine.
Je rêve de l'atteindre pour pouvoir, en paix,
y déverser ma haine, dans un cri continu

se mêlant aux rafales d'un vent
capricieux et têtu.

J'espère secrètement m'y faire emporter, 
par une bourrasque endiablée,
pour voltiger telle la pie

au-dessus du clocher.

lundi 23 octobre 2017

Venette Saint-Félix en reine de la neige d'après un fragment de Bruegel

       Comme tous les hivers, dès la première neige, je me suis hissée sur ce que j’aime appeler mon trône hivernal comme pour dominer cette étendue blanche et vierge de présence humaine.
D’ici j’observe, je regarde, je perçois et je vois. Tout et rien à la fois. Le toit des maisons piétiné par les oiseaux devient aussi captivant que le ploiement des branches sous le poids de la neige. Un rien paraît alors évident. Tout ce qui d’ordinaire se déroule en pleine saison estivale semble s’arrêter et vouloir demeurer éternel en hiver.
Mes pieds de reine s’enfoncent dans le tapis immaculé et moi seule peux inaugurer ce plancher glacé.

       Et comme pour me rattraper, la réalité me gifle à coups venteux. 


samedi 21 octobre 2017

Quentin Saint-Pierre rétablit la vérité sur un anachronisme commis par le Vieux Bruegel des Chasseurs dans la neige

Hiver 96, un des plus grands évènements sportifs de l'année se prépare : LES CHAMPIONNATS DU MONDE DE CURLING SUR GAZON.
Après la performance de Peter RAKICH, le Croate, lors des jeux olympiques d'hiver de Kaboul l'année précédente, le championnat s'annonçait chaud bouillant. Même si cette fois-ci la compétition se déroulait à Bourg-saint-Maurice, petite bourgade des Alpes françaises, on décide, avec mon cousin, de prendre la 103 bleu clair édition spéciale Quicksilver de son père pour rallier la petite station de ski, laissant derrière nous notre vie de parisiens.
A 83km/h grand max' sur les belles autoroutes françaises, on se traîne, la finale est dans seulement 17h. Au Bout de 4h, on fait notre première pause à la station TOTAL du kilomètre 312. Il faut se bouger on a pas pris nos 2 jours de RTT et raté les lancers de galets les plus impressionnants de la décennie. Bon ... rien à foutre des recommandations du garagiste,  on rempli le réservoir de sans plomb 95. A croire qu'on a bien fait, la charrette est boostée, on rallie Bourg-saint-Maurice en à peine 6h, un exploit ; plus rapide qu'Eddy Merckx au mont Ventoux.
Sur place, du monde à perte de vue, des drapeaux de tous les pays s'agitent sur du Whitney Houston. On ne tient plus en place, c'est encore plus beau que ce qu'on avait pu imaginer. On laisse la voiture au parking pour allez se noyer dans la foule. Tout le monde crie, tout le monde chante,  on a laissé les connards à Paris et ON PROFITE.
Soudain, une serveuse nous interpelle, c'est Marie, une fan de cricket que j'avais rencontrée sur le tour de France. Elle nous offre une pinte de Pelforth Blonde et un bol de Bretzels. Je commence à avoir un bon pressentiment sur ces 2 jours à la montagne.
Bière après bière, on en oublie presque la compétition et pourquoi on est là. Une annonce au micro nous ramène vite à la réalité : "15-3 EQUIPE ROUGE! ET HOT DOG MOITIE PRIX PENDANT 20 MINUTES!"
On se précipite alors, fendant la foule pour gagner le stade. Sur la pelouse principale se trouvent les 2 plus grandes équipes du monde, on ne peut pas rater ça.
Entre deux épaules je commence à entrevoir le stade, je continue à jouer des coudes pour avancer. On arrive devant la porte, on avale les escaliers et on se retrouve alors face à ce spectacle incroyable qu'est le curling sur gazon. La foule en liesse scande le nom des athlètes. Je suis subjugué par ce panoramique dont j'ai rêvé toute ma vie, ça y est, j'y suis.
Une brute me bouscule violemment dans le dos et me renverse tout ses nachos dessus. Je me retourne pour lui exprimer mon mécontentement, il me répond d'un crochet du gauche qui me plonge dans un coma profond.

Je n'ai jamais connu le résultat final de ce match.

La famille de Camille Jollain aime jouer dans la neige peinte par le Vieux Bruegel

Souvenir d'hiver.

C'était en plein hiver, un hiver froid. Les arbres n'avaient plus de feuilles depuis
maintenant deux mois et demi et il avait neigé toute la nuit. Nous étions tous
sortis après ce long repas pour profiter de cet après-midi ensoleillé. Mes
cousins et mes cousines couraient et jouaient dans la neige ! Mes oncles
faisaient une partie de croquet et mes tantes discutaient à côté du puits. Je
pris ma sœur par le bras et nous partîmes toutes les deux à l'aventure dans
cet immense espace blanc. Nous aimions marcher pendant des heures, sans
savoir vraiment où nous allions. Arrivées, sur la montagne surplombant le
village, nous nous assîmes sur des rochers. Plus bas dans la colline, nous les
vîmes s'amuser ! Nous restions là pendant un moment à les observer. Mes
cousins se couraient derrière, Thomas le plus grand fit tomber son frère Matis.
Il lui tendit la main et le remit sur pied. C'était reparti ! Ils passèrent à vive
allure près des filles qui jouaient avec la neige. Lorsque nous vîmes notre
grand-père sortir de la grande maison, nous nous regardâmes et descendîmes

à toute allure la colline. Nous entendions le clocher sonner 17h, nous étions sur
la colline depuis maintenant deux heures.

Tiziano Foucault-Gini si sente lontano del frammento dei Cacciatori nelle neve del vecchio Bruegel

Je me suis inscrit à l'atelier écriture, le seul problème c'est que je ne peux pas y participer physiquement, j'ai donc conclu un marché avec Claudio, il m'envoie le sujet et moi j'écris de mon côté. 

J'ai reçu son mail lundi à 19h23, j'ai découvert, à grand plaisir, la consigne rédigée en italien, elle était accompagnée d'un détail d'un tableau hollandais de Bruegel l'ancien je crois. J'ai pas bien saisi la consigne de prime abord,  il me semble je devais écrire un texte en pensant, en me focalisant sur le fait que je connaissais les personnes, le lieu, en somme tout ce qui était représenté à l'image, comme si je l'avais vécu, comme si j'y étais allé... J'ai donc pensé à plusieurs scénarios, un homme qui se réveillait dans un paysage enseveli sous la neige après une bringue compliquée, ou un type désespéré qui se faisait interner dans un goulag soviétique, ou nord coréen, bref rien de bien excitant. Mais il y avait un problème, cette image me paraissait figée dans le temps, elle ne correspondait pas à mon époque, il y avait un anachronisme qui me perturbait, j'ai par conséquent baissé les bras. Et puis j'ai relu le mail, je me suis arrêté sur cette dernière phrase : "Si scrive esattamente cosa si vuole."  C'est-à-dire, on écrit exactement ce que l'on veut. Et moi, ce que je voulais, c'était écrire exactement où j'en suis, là, maintenant. 

Il est 12h24,

Bonne soirée.

Anastasiia Kondratieva, depuis son Ukraine, chasse un souvenir à partir d'un fragment des Chasseurs dans la neige de Bruegel l'ancien


 Maison !? 
C’est le premier mot qui sonne dans ma tête au moment où je ne vois que le ciel gris et les collines couvertes de neige. Je connais parfaitement ce paysage. Maintenant si lointain, mais à jamais si cher à mon cœur. 
Je me sens de nouveau divisée en deux, sensation qui pique à l’intérieur, qui interroge mon être. Je le fuyais de toutes mes forces il y a encore un certain temps (me paraissant dorénavant une éternité), mais à cet instant je sens (pour encore combien de temps ?) l’avoir enfin apprivoisé. 
C’est cette neige que je ne vois plus maintenant, en habitant dans un autre monde, qui me rappelle soudainement ma nature. La honte ou la fierté ? Ma force ou ma faiblesse ? 
C’est cette neige que je voyais parfois dans cet autre monde, qui me rappelle cette violente force avec laquelle l’on m’a chassée de cet endroit magique : un autre monde me permettant de revenir pour quelques inoubliables instants dans mes origines. L’angoisse ou l’audace ? 
Qui suis-je donc à cet instant ? 
En baissant mes yeux, je souris. Il est tellement ironique de contempler Les chasseurs dans la neige tout en me sentant chassée. C’est en étant chassée de partout, me sentant depuis une « éternité » venue de nulle part, que j’ai enfin trouvé ma place. 

Ne pas chercher la neige, ou en être nostalgique, ne pas permettre aux souvenirs de me diviser. Garder cette neige en moi. Etre la neige. 

Nikita Fauveau évoque un souvenir brûlant à partir d'un fragment des Chasseurs dans la neige de Bruegel l'ancien





je...
je ne sais plus trop.
je me souviens
je le sais
je me souviens
je le sais que je me souviens
mais, fin, je ne sais plus trop.
je me souviens
du jaune
ou,
du rouge aussi
oui, c'était rouge
tu sais, je sais que ça a existé
ce moment
je le sais
et toi t'étais là,
tu bougeais devant
y'avait les couleurs qui changeaient
mais
j'sais pas
je ne me souviens plus
plus exactement
je me souviens du froid
ça, ça, je m'en souviens
de mes pieds
mes pieds
je sais pas
mais je crois
que mes pieds me faisaient mal
je m'en souviens
je me souviens
mais 
je sais plus
il faisait chaud oui
et derrière, il faisait froid
ça tirait
ça me tirait, le froid
ça me tirait derrière
il faisait froid derrière moi
et lui, ça chauffait, je sais pas
ça, ça brûlait dans mes pieds
ça brûlait 
ça je le sais
fin peut-être pas
peut-être pas vraiment
mais, ça brûlait de froid
et, dans mes yeux
ça brûlait aussi
ça brûlait de chaud
je regardais
je regardais devant là
et toi, et toi t'étais la
à côté
je le sais que t'étais là
ça je m'en souviens que t'étais là
comme je le sais que j'y étais
j'étais là, et je regardais
t'étais là, et tu travaillais
tu bougeais, tu partais, tu revenais, tu portais des, des, des trucs
des trucs grands, des trucs, fin je sais pas quoi là
tu portais des trucs
et moi
je restais la, devant, je bougeais pas, je restais là
comme tu me disais
de rester là
de rester tranquille
alors j'étais tranquille
là, à côté de toi
et devant
devant ça brûlait
ça je m'en souviens de ça
de la brûlure
fin, pas une brûlure
mais ça brûlait
ça, je m'en souviens
mais 
je disais rien
non je disais rien
ça brûlait
ça brûlait de chaud
ça brûlait de froid
mais
ça brûlait pas non
enfin ça faisait pas mal non
ça faisait pas mal
c'était
je sais pas
*soupir*
je sais plus.
Je le sais
je le sais que je me souviens
mais bon
voila, c'est… je me rappelle
que ça faisait pas mal
j'étais là
et je te regardais
et je vous regardais
et devant
dans mes yeux
c'était jaune
c'é
 tait rouge
et je le sais
qu'on était là
toi à côté
et moi devant
et le froid derrière
et le froid en l'air
le froid partout
autour 
partout
c'était ça
il faisait froid
ça je le sais
qu'il faisait froid
mais pourtant
devant
il faisait pas
il faisait pas froid
non
c'était ça
devant,
ça brûlait.

Pourquoi ?

dimanche 8 janvier 2017

Arthur Saguez, une page arrachée aux jeunes filles en fleurs entre les mains.

Les fourbes couronnées sont bandes. Dans les coins obscurs ils tâchent de se rapprocher des jeunes filles comme examinateur de leur chances.
Les flatteurs du monde ne sont plus hommes quand ils sommeillent car ils hésitent .


Je ne suis ni fourbes ni jeunes ni filles ni flatteurs ni sommeillant je suis Gisèle et je rentre à Evreux par le train mais qu'est ce que vous voulez qu'on puisse trouver à dire là-dessus ? 

Trois textes de Théo Radakovitch

1 : D'après  Les Choses de Perec 

Il y avait surtout le bruit. Pas n'importe quel bruit. Non, celui-là était dense. Dense mais pas dansant, immobile plutôt, comme les monuments qu'il frappait avec violence. Tellement dense qu'il en ralentissait mon cerveau et en accélérait mon pas, ne me laissant pour seul choix que la fuite vers une nouvelle chambre insalubre qui succédait à la précédente. Une de ces chambres dans laquelle bouger est compliqué et dormir impossible. Car si le bruit se calmait, une fois la porte passée, le tourbillon des rues, lui, continuait à tourner dans ma tête.
Une guerre d'usure, voilà de quoi il s'agissait. Et malgré tous mes efforts pour la faire s'écrouler, je l'ai perdu. Le tiraillement a entraîné la rupture.
Je pensais connaître le bruit. Le brouhaha d'un collège un jour de pluie, d'un métro marseillais bondé ou les râles des habitués lors de la fermeture tardive du PMU de mon village d'enfance. Mais ce bruit-là était plus dur que les autres. Il était différent car il s'opposait au silence des gens qui le traversaient. Et plus les autres l'ignoraient, plus ils devenaient sourds, plus moi je l'entendais. Je crois aujourd'hui que c'est le contraste qui m’a eu. Pas le bruit en soi, mais l'absence de voix.

Perec peut bien aimer Paris, ses cafés ou son Jardin des Plantes, mais qu'il ne vienne pas me parler du calme de ses rues !


2 : Dictionnaire imagé

Le barrage ne tiendra pas la nuit.
L'asphalte s'écoule par les nervures, le radier grince sous la pression. C'est tout le quai qui tremble. Sa défense est fendue, il fond et ses turbines fument. Toute l'intelligence des Hommes n'a jamais pu défier la volonté du goudron. Le bouillon noir le sait, il jubile et gonfle en sentant le béton céder. Il sait qu'il va passer, qu'il ira jusqu'au bout. Jusqu'où l'Homme n'est plus, jusqu'où il ne peut plus se nourrir de nos corps et de notre ego.
Paradoxal non ? Plus il mange, plus il a faim. Seul le vide le calme, mais le vide n'existe qu'après son passage. A cet instant, il ne lui reste qu'un demi tour de globe avant de le trouver. Autant dire que la tempête est bientôt passée...


3 : Avec la page 608 (Folio) de – A l’ombre des jeunes filles en fleur – Marcel Proust 

Dans ma jeunesse, je connus l'espoir d'être riche. Mes rêves m'abandonnèrent dès que les êtres de ma famille cessèrent de m'alimenter. Jeune, je crus que je pourrais puiser dans mes réserves, mais la nature commençait à me prendre de plus en plus de vitalité.
Pourtant, si Andrée n'avait pas existé, peut-être aurais-je eu le plaisir d'être libre, d'avoir telle ou telle femme, d'embrasser une jeune fille réelle et pas une poupée de cire à qui on demande plus qu'elle ne peut donner.
Mais Andrée m'étais supérieure et le savait.
Avec quatre ou cinq camarades, il me suivirent pour me raconter leur désir de pénétrer ma vie et de m'initier à la possession. L'attraction que j'exerçais involontairement me donna l'échec extrême.
Puis ma famille et mes amis se détachèrent de moi.
Je ne survécus pas à mon charme.

Pas de chance.

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist