ROSTOV SUR LE DON

Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

dimanche 8 janvier 2017

Arthur Saguez, une page arrachée aux jeunes filles en fleurs entre les mains.

Les fourbes couronnées sont bandes. Dans les coins obscurs ils tâchent de se rapprocher des jeunes filles comme examinateur de leur chances.
Les flatteurs du monde ne sont plus hommes quand ils sommeillent car ils hésitent .


Je ne suis ni fourbes ni jeunes ni filles ni flatteurs ni sommeillant je suis Gisèle et je rentre à Evreux par le train mais qu'est ce que vous voulez qu'on puisse trouver à dire là-dessus ? 

Trois textes de Théo Radakovitch

1 : D'après  Les Choses de Perec 

Il y avait surtout le bruit. Pas n'importe quel bruit. Non, celui-là était dense. Dense mais pas dansant, immobile plutôt, comme les monuments qu'il frappait avec violence. Tellement dense qu'il en ralentissait mon cerveau et en accélérait mon pas, ne me laissant pour seul choix que la fuite vers une nouvelle chambre insalubre qui succédait à la précédente. Une de ces chambres dans laquelle bouger est compliqué et dormir impossible. Car si le bruit se calmait, une fois la porte passée, le tourbillon des rues, lui, continuait à tourner dans ma tête.
Une guerre d'usure, voilà de quoi il s'agissait. Et malgré tous mes efforts pour la faire s'écrouler, je l'ai perdu. Le tiraillement a entraîné la rupture.
Je pensais connaître le bruit. Le brouhaha d'un collège un jour de pluie, d'un métro marseillais bondé ou les râles des habitués lors de la fermeture tardive du PMU de mon village d'enfance. Mais ce bruit-là était plus dur que les autres. Il était différent car il s'opposait au silence des gens qui le traversaient. Et plus les autres l'ignoraient, plus ils devenaient sourds, plus moi je l'entendais. Je crois aujourd'hui que c'est le contraste qui m’a eu. Pas le bruit en soi, mais l'absence de voix.

Perec peut bien aimer Paris, ses cafés ou son Jardin des Plantes, mais qu'il ne vienne pas me parler du calme de ses rues !


2 : Dictionnaire imagé

Le barrage ne tiendra pas la nuit.
L'asphalte s'écoule par les nervures, le radier grince sous la pression. C'est tout le quai qui tremble. Sa défense est fendue, il fond et ses turbines fument. Toute l'intelligence des Hommes n'a jamais pu défier la volonté du goudron. Le bouillon noir le sait, il jubile et gonfle en sentant le béton céder. Il sait qu'il va passer, qu'il ira jusqu'au bout. Jusqu'où l'Homme n'est plus, jusqu'où il ne peut plus se nourrir de nos corps et de notre ego.
Paradoxal non ? Plus il mange, plus il a faim. Seul le vide le calme, mais le vide n'existe qu'après son passage. A cet instant, il ne lui reste qu'un demi tour de globe avant de le trouver. Autant dire que la tempête est bientôt passée...


3 : Avec la page 608 (Folio) de – A l’ombre des jeunes filles en fleur – Marcel Proust 

Dans ma jeunesse, je connus l'espoir d'être riche. Mes rêves m'abandonnèrent dès que les êtres de ma famille cessèrent de m'alimenter. Jeune, je crus que je pourrais puiser dans mes réserves, mais la nature commençait à me prendre de plus en plus de vitalité.
Pourtant, si Andrée n'avait pas existé, peut-être aurais-je eu le plaisir d'être libre, d'avoir telle ou telle femme, d'embrasser une jeune fille réelle et pas une poupée de cire à qui on demande plus qu'elle ne peut donner.
Mais Andrée m'étais supérieure et le savait.
Avec quatre ou cinq camarades, il me suivirent pour me raconter leur désir de pénétrer ma vie et de m'initier à la possession. L'attraction que j'exerçais involontairement me donna l'échec extrême.
Puis ma famille et mes amis se détachèrent de moi.
Je ne survécus pas à mon charme.

Pas de chance.

Anaïs Brilland entre dans une image


Il faut que je sorte. 3 jours enfermée chez moi à peindre sur ma toile. . . Je n'en peux plus.
Mais je ne connais personne avec qui sortir ! Tant pis.   Il faut que je sorte.
Je rentre dans un bar. Il n'y a pas trop de monde pour me faire fuir. Cet endroit, convient bien à mon humeur, ni beau ni moche. La musique est démodée et le DJ, au fond de la pièce, paraît s'ennuyer.
Je
m'assieds au bar et commande un cocktail au Rhum à un serveuse, habillée de manière provocante. Je regarde autour de moi, il y a ce groupe de personnes, âgées entre 30 et 40 ans. Les filles rigolent beaucoup et parlent fort, comme pour montrer leur joie de vivre. J'imagine des trucs, je me dis qu'elles sont si contentes de sortir, un mardi soir, après avoir largué les gosses qu'il faut qu'elles le revendiquent.
Tout au fond, il y a un couple étrange, ils boivent beaucoup, un enfant est avec eux, il doit avoir 6 ou 7 ans. Pauvre petit. Il crie après sa mère en lui tirant sur les vêtements. Ses yeux sont bouffis à
 force de pleurer, la mère le réprimande et regarde l'homme gras en face d'elle, qui lui sourit et qui boit un nouveau verre. À ma gauche, il y a des jeunes qui doivent avoir mon âge, entre 18 et 25 ans, ce sont eux qui font le moins de bruit. Ils ont le visage illuminé par la lumière de leur téléphone portable.
Soudain l'une des filles du groupe des trentenaires, s'écroule par terre et après
quelques rires nerveux, vomit. Ses copains essaient de l'attraper. J'entends derrière moi la serveuse s'énerver.
Mon verre est fini, je me lève et décide de faire une promenade nocturne.  


Si je te montre cette image, tu penses à quoi ? Lucie Cros

Moi - Hey, dis... Si je te montre cette image, tu penses à quoi ? 

Lui - Alors...à Tintin ! Y'a toujours des gros bateaux quelque part dans Tintin..Et puis parce qu'au niveau du dessin, y'a un peu de Tintin aussi.

Moi - Ah ouais. t'as pas tort. Vas-y, on va jouer le jeu...c'est quoi pour toi le numéro 1?

Lui - Un bateau.

Moi - Oui. Mais pour être exact, c'est un Cargo Lourd, un navire de charge spécialisé au long cours. OK ?

Lui - OK. Tu veux jouer à ça ? Le numéro 52 ma petite, trouve-le, et on en reparle.

Moi - T'es sérieux ? Je sais pas... un chapeau ? Un béret ? un...Bonnet ?

Lui - Non, c'est le passager.

Moi - Pfou. Non, mais c'est une blague. Le numéro 52 est sur son chapeau. Et y'a pas de numéro pour les passagères à côté de lui ? Je sais pas, si je suis une étrangère ou une enfant qui veut apprendre la langue, j'aimerais bien savoir le féminin du mot "passager". 

Lui - Rho ça va, range ton côté féministe deux secondes ! Mais ouais, je vois ce que tu veux dire, le rapport au langage est bizarre. Puis aujourd'hui tout le monde s'en fou de savoir tout ça. Bon, pas tout le monde, mais t'apprends tout sur le tas, et puis y'a déjà bien assez d'images dans la rue, et sur les réseaux sociaux. Mais par contre grâce à ce genre de système de dessin et de numéro, tu peux t'amuser à changer les noms, ou à carrément inventer une autre langue. Genre...le numéro 62, c'est "l'estrope". Bon, déjà, inconnu au bataillon pour ma part. Mais maintenant, si je te dis que cette image-là, cet objet-là, indiqué par le numéro 62, était en fait, un "Kikouillou salivaire".
 Ahhhh, ça t'en bouche un coin là, hein ! Comme quoi, tout est question d'image, de définition... Tu fais ce que tu veux. 

Moi - Ouais, tu fais que tu veux. Y'a presque pas de limite. A part peut-être une limite morale. Je te dis ça, parce que ça me rappelle un film... "Canine" de Yorgos Lanthimos. Un Grec. 
attends, je te lis le synopsis. 

Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans une villa isolée dans la campagne. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Ils n'ont pas de prénom, et les parents changent la signification de certains mot. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets, les parents renforcent cette croyance en mettant ce type de jouet dans le jardin, ce qui laisse à penser que les avions tombent. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Un jour, elle offre à l’aînée un serre-tête qui brille dans le noir en échange d'un cunnilingus.
Lors d'une session suivante, Christina propose du gel en échange de la même faveur sexuelle, mais l’aînée refuse, et demande deux cassettes vidéo en échange qu'elle a trouvées dans le sac de Christina. Elle regarde plus tard les vidéos en cachette, et est fortement influencée par les films. Son père découvre les cassettes vidéos, il frappe alors sa fille pour la punir. Il frappe également Christina, et met fin à leur partenariat. Puisque Christina ne s'occupe plus du frère, les parents laissent le fils choisir la sœur qu'il préfère pour avoir des relations sexuelles.
Selon les dires des parents, ils ne seront prêts à sortir de la propriété que lorsqu'une de leurs canines tombera. Et conduire la voiture, le seul moyen de quitter la maison en sécurité, qu'une fois repoussée. L’aînée se fracasse une dent avec un haltère, et se cache dans le coffre de la voiture. Le lendemain, le père se rend à son usine avec sa voiture. L’aînée, toujours dans le coffre, n'en sort pas.

Franchement, ce film...est une pépite. Mais une fois que tu as fini, t'as juste envie de vomir. 
Lui - La vache. C'est flippant. Et du coup ça me donne pas trop envie de le voir hein.
Moi ça me rappelle un autre truc, un peu plus marrant...Le Golden Show, "On dit que tu t'encules", avec monsieur Poulpe. C'est l'histoire d'un étranger, qui a rendez-vous avec une femme. Au fur et à mesure de l'épisode tu te rends compte qu'il n'utilise que des insultes dans son vocabulaire. Du genre, pour lui dire qu'elle à de beaux yeux qui brillent, il lui sort " je trouve que tu as de très belles couilles, qui brillent. Qui brillent tellement que tout le foutre, il se reflète dedans." Bref, tu vois, le rendez-vous se passe comme ça, et le mec rentre chez lui. Il retrouve son colocataire, et tu vois un panneau derrière lui avec des images et des mots écrits en dessous. du genre, une mouette, c'est un bougnoule, un chien c'est une pétasse, le chat, c'est un connard... bref, dit comme ça, c'est naze, mais je te le montre après.

Moi - haha, oui, je veux bien voir ! Bon, on se fait un dernier test ? trouve-moi le numéro 43.
Lui - ... Une porte ?


Moi - Non, le sabord de muraille.

Une page de Laura Haie d'après une page de Marcel Proust


Un texte de Laura Haie qui n'était pas née en 1983

Le 5 juillet 1983
Réveil au 68 Walton street
Après un rapide petit déjeuner, je descends dans la rue. J'ai rendez-vous avec Catherine. Nous allons à la plage. Je rentre enfin dans mon deux pièces taille 28. Haaa la pl...
Un vrombissement effroyable accompagné d'un vent chaud et puant me tire de ma rêverie. Je viens d'ouvrir la porte et je suis accueillie par une énorme moto emmenant je ne sais quel bad boy et sa poupée dans une tempête de pollution bruyante. Le son s'éloigne mais le bruit des klaxons et des moteurs malades et crachants prennent le relais. Vivement cette plage. Que ça va être drôle. Je suis sûre que Catherine va encore avoir un look farfelu. La dernière fois elle portait un sombrero. Tout absorbée par mes pensées je n'avais pas remarqué un petit monsieur à l'air renfrogné se dandiner maladroitement vers moi chargé comme une mule de planches. Son fardeau et sûrement aussi sa petite taille l'empêchait d'aller bien droit et c'est de justesse que je réussis à l'éviter. A peine ai-je retrouvé l'équilibre que l'autre côté de la rue disparaît dans une bourrasque de vent à grande vitesse derrière un tramway qui passe à 20 cm de mes orteils. Je recule, apeurée. Un balayeur de rue me demande si ça va. Je le remercie et traverse enfin la rue en sécurité, protégée par un vaillant agent de circulation, coupant la route aux conducteurs de deux, quatre ou mille roues hargneuses. Mais où est donc ce café!? Catherine m'a dit "À côté de la poste, c'est facile tu verras!" Tu parles! Avec toute cette agitation je ne sais même plus où sont mes pieds. Un vendeurs de journaux m'indique gentiment le chemin. "Tout droit mam'zelle, ce s'ra sur vot' droite, pouvez pas l'louper!" Effectivement, j'ai trouvé le café. Catherine est en retard. Je la vois arriver en courant chargée d'un énorme sac et décoiffée comme si l'air matin avait déjà salué ses cheveux. Après quelques bavardages et un rapide café, nous nous dirigeons vers la gare. Arrivée à la station, bonne nouvelle, il y a seulement trois personnes au guichet. Nous n'attendrons pas longtemps. Malheureusement une jeune femme en a décidé autrement. Contrôlée par un agent, elle hurle de toute ses forces. L'employé du guichet va porter secours à son collègue, désemparé face à la colère irraisonnée de la jeune femme. 10 min après, il nous reste 5 min pour attraper le prochain train. 
3 min, nous avons nos billets.
2 min nous courons jusqu'au quai 12.
1 min, un contrôleur nous fait signe de monter par la porte dont il est le plus proche. Le wagon 17
Le train démarre. Nous sommes dedans, avachies sur les fauteuils d'une cabine de six. Une petite mamie assise là a peur de nous je crois. Nous avons déboulé à une telle vitesse. Heureusement il n'y a qu’elle dans la cabine et nous pouvons nous reposer à notre aise.
Je colle ma tête contre la vitre et regarde la gare s’éloigner.


Tous les textes de Kinda Hassan de la fin 2016

d’après Georges Perec, LES CHOSES :


C’est un quartier central, emplacement géographique parfait. Zamalek est à 10 minutes, de l’autre côté du Nil, le centre ville derrière le pont qui traverse sa deuxième branche. De notre côté, Giza: Dokki, Muhandeseen… C’est le spot idéal je te dis, central, résidentiel et pas cher. Bon, la cuisine est trop petite. La salle de bain trop longue, et trop étroite. Allez, on détruit ce mur, on installe la cuisine dans la salle de bain, la salle de bain dans la cuisine. D’ailleurs, on l’a déjà achetée, la cuisine, avant même de trouver l’appartement. Il y avait une offre spéciale. Comme celui qui achète le bouton et le donne au couturier pour lui dessiner la veste qui va avec. Il nous a fallu faire tomber le mur pour l’insérer. Ca veut dire un mois sans gaz. Ca veut dire douches froides et petits miracles : des œufs cuits dans un Seb, cuisiner à la vapeur de la bouilloire électrique, qui nous a aussi servi un jour pour prendre un bain chaud, pour célébrer la nouvelle baignoire rouge, remplie en faisant bouillir 2 litres d’eau à plusieurs reprises. 15 ? 20 ? Je ne sais plus. Et puis le lit, l’armoire, les assiettes, les fourchettes, les serviettes, le bureau, la table à manger et les chaises, le canapé vient remplacer les coussins, les plantes, l’arrosoir, les lampes, les étagères, un miroir, du savon, puis lentement des tableaux, encore une plante, un écran ? Non… Si… Non. Un écran, et un ciné club le mardi! Une année à construire un chez-moi. Chez-nous. Le trampoline qui nous donne la force de sauter toujours plus haut, plus loin, en confiance.



ALEXANDRINS

Les feuilles sur mon cahier ont la couleur de mer,Bleu, vert ou argenté, elles dansent éclairées,Une nappe de reflets, alternant jour et nuit,Entre or et argent, matelots ou sergents, Souffle le vent du nord, souvenirs éphémères,Ou permanents, ou morts, en mer, fuyant misère,Qui sais-je ? Je ne sais pas, des visages, des médias,L’horreur dans une image, ou une glace chocolat,Dans la main d’un enfant, qui fond, il a eu peur,Et a oublié le temps, qui lui, n’oublie jamais,De faire souffler le vent, sur des objets étranges,Que seule la mer connaît, emporte ou caresse,De rive en rive elle va, tend longs et larges ses bras,Pour bien tenir un monde, trop fier des ses frontières,Lignes imaginaires, qu’ouragan, tsunami,Viendront éclabousser, pour faire rire les poissons.


D'après une page de Proust



La Vierge et Swann s’étonnaient de se voir inséparables.Elle avait trouvé son autre moitié. Son corps et son esprit, intacts, délicieux, si longtemps désirés, avaient pour rivale Françoise.Son visage montrait maintenant des rides sous les yeux. Les heures passaient, menaçant sa beauté de suie. Cette pierre métamorphosée contemplait les autres reproductions, douées d’une intangible beauté, des oeuvres d’art immortelles, aux yeux inaccessibles, et pensait aux vicissitudes qui menaçaient son apparence à elle, maintenant qu’elle est soumise à la tyrannie de la science universelle.
La Vierge aurait voulu pouvoir être grand-mère, ne pouvant fuir les regards de sa voisine de la grand’ rue.


L’abécédaire :

A à Z :

Anaïs bricole calmement des électrodes fantastiques. Gilles, hélas indécis, jamais Kantien, lâche métaux nébuleux. Oh ! Pardon ! Quel reproche sauvage ! Tous eûmes vu warning xénophobe ! y-a-qu’a zapper.

Z à A :

Zut ! Yeux xylographes, Wahhabite vivement urbain, tient sa rare qualité paisible, oniriquement narcotique, met le Kalashnikov joyeusement ici. Horreur! Gentille fille étouffera de cette barbarie accablante!




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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist