Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

lundi 27 octobre 2008

Fantaisie en italien approximatif

Tous les textes produits ne sont pas publiés et c'est dommage. Nous avions pourtant, un soir du printemps 2008, amassé au cours d'un tour de table tous les mots italiens que nous pouvions, certains ayant un peu plus d'expérience de la langue que d'autres et nous disposions aussi de quelques textes poétiques d'une édition bilingue. Bien entendu nous étions également reliés à un dictionnaire italien en ligne et chacun s'est lancé dans la jungle de cette merveilleuse langue en ayant bien conscience de préparer ainsi un merveilleux périple à venir dont le tracé passerait par Torino Roma e Milano.
Les italianophones qui per caso tomberaient sur ce texte nous diront si ce qu'ils entendent est un accent français.

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Buongiorno
Sono la Marchesa
E non faccio la cucina
Ma mi piace la pizza
Non vivo nell' appartamento
Ma nel grande palazzo
Dove mangio molto zucchero
Voglio mi nascondere
Per fare l'amore
Ma non è possibile
Perche miei genitori
Non lasciano mi
Vogliano mi roversciare gli occhi
E mi insegnare la vita beata
Per morire dietro un angolo o un letto

Anne Patoyt

Inspirés par les Frères Lumière






Il s'agissait de regarder des films de moins d'une minute des Frères Lumière pour se laisser porter et sentir soudain la vague suscitant un afflux de propos écrits en réponse aux images mouvantes et émouvantes.

Anne Patoyt

Je sors. Elle est derrière moi, elle me suit partout. Elle m'accompagne pour me
surveiller je crois. Elle a peur que je tombe. Mes mains sont enlacées aux
siennes. Elle se tient derrière moi. Elle veut que j'avance mais elle ne me lâche
pas.
À présent, j'ai peur, je suis hésitante et gauche.
Je ne sais pas quoi faire mais j'enchaîne les pas sous la pression de ses mains
qui m'oblige à aller de l'avant.
C'est elle qui a choisi ma robe blanche aujourd'hui. Comme tous les jours
depuis un an et demi, elle m'habille et me coiffe.
Je ne comprends pas ce qu'elle me dit, elle me parle beaucoup. Peu à peu
j'apprends sa langue maternelle. J'aime le son de sa voix. C'est cette voix qui
m'apaise lorsque la nuit des ombres menaçantes surgissent dans le noir. Elle
m'agace aussi, jamais elle ne me laisse le choix. Je dois faire tout à sa façon
autrement je la sens contrariée, elle s'agite.
Voilà, elle me lâche enfin, j'arrive avec ma belle robe blanche, je me déplace de
plus en plus vite, je progresse et je chute. Je suis à quatre pattes sur le sol. Je ne
pleure pas, j'observe l'obstacle. Puis elle arrive derrière moi et me relève , je ne
me retourne pas, l'autre me filme encore. Je veux qu'on soit fière de moi, surtout
elle.

Estelle Kongo-Bacary

Les faits divers journalistiquement intimes.

La péniche venait d'amarrer sur le quai. Elle tanguait encore un peu. Les hommes étaient sur le point de quitter l'embarcation. Bien apprêtés, après une dure journée de travail, ils pensaient retrouver leurs femmes qui les attendaient patiemment dans leurs doux foyers. Les techniciens ne pensaient pas que vraissemblablement Maman voulait faire impression avec sa belle robe à rayures. Le simple fait d'y repenser me donne la nausée. Je me souviens, il y avait ce petit vent frais de la fin de l'été qui faisait apparaître la calvitie naissante de Papa.
C'était les vacances, je mangeais du chocolat. A l'époque je ne me rendais pas encore compte que l'un des trois hommes avait triché lors d'une partie de cartes. L'alcool coulait à flots. Ce dernier lorsqu'il se rendit compte qu'il était piégé, sortit une arme de veston. Comme une nouvelle d'Yves Bonnefoy qui finissait mal. Comment une partie de cartes en famille pouvait se tranformer en inondation dans Paris ?
J'entends encore le cliquetis des sabots des chevaux sur les pavés de la rue. Il y avait foule, je me souviens que nous avions été évacués en barque. Ca tanguait pas mal. Nous quittions notre appartement quand des familles de sans papiers furent expulsées, place de la Bourse.
Ils vivaient semble-t-il dans des logements insalubres. Le propriétaire, un particulier, tenait à rénover son bâtiment. Les travaux n'avançaient pas plus, la maison avait de très grandes marches. J'avais mon poupon et une de ces robes à frou-frous très en vogue que Maman avait vue dans une boutique à Paris. "Mes premiers pas à Lyon", c'est ce qu'il y a d'inscrit sur la bobine. J'avais des botillons qui ressemblaient à des chaussures orthopédiques. Les enclumes se sont prises dans le tulle. Comme au ralenti, je me suis vu tombé sous le poids de mon scaphandre. En regardant ma poupée de chiffon qui, elle, était déjà à terre.

Anne-Emmanuelle George

Le temps passe, passe toujours trop vite. En accéleré, x10, x12, le temps est réelLement butant, saccadé, trébuchant.
Ces images artistiques parfois ironiques mais tellement réalistes, je les ai déjà vues, vues et revues, certes sans me lasser, avec une pointe de nostalgie, de sarcasme et bien souvent avec le sentiment de découvrir à nouveau un monde de découvertes.
Voyant la vie s'afficher telle que je l'avais rêvées maintes et maintes fois.
J'aime ces regards tantôt étonnés, tantôt subjugués.
J'aime ces dames un tantinet coquettes, ces messieurs à l'allure pressée, curieux de tout et ces enfants si convaincants et si vifs dans le rôle qu'ils incarnent. Le Monde me paraît si vaste, si intouchable, il me rappelle alors l'être si invisible que je suis.
Personne ne se souviendra de mon nom dans un siècle.
Combien de personnes sont passées devant cette caméra?
Noirs et blancs s'accordent...

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lundi 13 octobre 2008

Emprunts à Colum McCann



Pour la reprise des travaux, la règle du jeu était d'écrire en employant obligatoirement, dans le même ordre, le cinquième mot de chaque ligne de cette page des Saisons de la Nuit de Colum McCann.

dimanche 12 octobre 2008

Lola Dubois

Suite à ma visite dans les jardins si réputés pour la rhubarbe non loin d’Atlanta, où la chaleur était si intense, j’ai pu remarquer, devant la cabane du concierge, là il range les clés en haut de l’étagère, que sa femme à la voix si stridente chantait constamment à tue-tête des chansons paillardes. Devant les jardins, aux extrémités de chaque rue vrombissaient les pots d’échappements de vieilles voitures américaines et quelques autres italiennes qui étaient déjà toutes hardiment customisées. Au sujet du concierge, sa Buick de 1969 avait réuni un bon nombre de collectionneurs dans sa misérable chambre. On pouvait observer sur le rebord de la fenêtre, les mégots s’agglutiner jusqu’au débordement. Pour l’occasion, je lui avais pourtant donné quelques chemises propres à carreaux, chose qu’il a dû oublier visiblement… J’observais le portrait d’une chanteuse de cabaret maladroitement épinglé sur le mur en haut à droite, près de quelques toiles d’araignées sur ses luminaires. Il était tard, soudainement, nous entendirent des cris venant d’en bas de l’immeuble, c’était le petit cireur de parquet qui avait perdu ses clés, ce pauvre vieillard ! Lorsqu’il les retrouva, tout le monde l’entendit, ameutant le quartier en chancelant cet air décousu : « à la chasse aux clés r’trouvées… ». Depuis, on l’écoute régulièrement à l’antenne de Radio R’trouvailles !

Rose Mansion

Les hosties se tartinent aussi

Lors de la traditionnelle visite de la toussaint à feu notre tante, il plane comme une odeur de confiture de rhubarbe au père Lachaise. Il paraît que les siennes étaient célèbres jusqu’à Atlanta. Entre nous, j’ai un doute. Vu la tête des douaniers devant le camembert au lait cru que j’avais prévu de faire goûter à mon oncle d’Amérique la dernière fois (avec la chaleur en plus ça avait été terrible), j’ai un doute. Jamais ces maniaques de la substance inconnue, ou pire, française, n’auraient laissé passer des bocaux de cette substance fibreuse et collante qui embaume l’air aujourd’hui. L’Amérique, c’est typiquement le genre d’endroit où les forces de sécurité sont paranoïaques au point de considérer le sucre comme un élément mortel. Vu le taux d’obésité là-bas, il n’ont peut être pas tort finalement.
Pour en revenir à l’ardente sœur de mon père, nous sommes partis à l’église où nous allons encore devoir chanter à tue-tête des cantiques aux refrains plus soporifiques que la respiration de gaz d’échappement. En guise de passe-temps, on peut toujours regarder ses chaussures, mais on s’en passe vite et on finit, là aussi, par s’endormir. Mais la messe arrive enfin à son terme et on fuit hardiment pour être sûr de pouvoir attraper sa ration d’air sain, dénué de toute trace d’encens le plus vite possible. Je laisse les autres en odeur de sainteté s’ils le désirent, personnellement, tout ça m’étouffe.
Après nous sommes tous réunis à la maison et le lit de la chambre d’ami disparaît sous les manteaux qui s’accumulent. Depuis la fenêtre, on peut voir le reste des fidèles qui s’agglutinent devant l’église. Je sais qu’il fait toujours froid dans ce genre d’endroit, mais de là à penser que c’est mieux dehors il y a un pas que je ne franchirais pas. Le prêtre, lui est déjà parti, les gens disent qu’il n’est pas tout à fait propre sur lui. A sa décharge, il y a sûrement beaucoup de prêtres qui sont sortis avec une chanteuse de leur chorale avant lui. C’est juste qu’il n’y a pas que l’armée qui soit une grande muette (il y a ma tant aussi). Du haut de l’escalier j’observe le gamin bouffi de prétention qui me tient lieu de frère. Ses ambitions s’amenuisent cependant de jour en jour depuis que ses professeurs lui ont fait comprendre que le métier de cireur de chaussures n’avait rien de déshonorant. Ce crétin se faufile dans le couloir lorsqu’il m’aperçoit. Tout à été fini entre nous le jour où j’ai retrouvé notre chat derrière la maison l’année dernière, il l’avait fait boire. Et on ne fait pas boire des chats, pas plus qu’on ne les chasse à coups de pierre ou qu’on ne les attache à des antennes. Faible consolation, ce cruel individu ne supporte pas la rhubarbe.

Claude L

Demain c'est jour de visite, on ira voir si les pieds de Rhubarbe de mamie rapportés de la ville d'Atlanta ont bien pris dans le jardin. Si c'est jour de chaleur la météo le dira, ce soir je resterai devant la télé en couleur chez des gens intelligents on avale des fumées bleues. L'arrière-saison met en joie notre belle campagne. Les gentils enfants crient à tue-tête dans les rues. On ira en voiture aux champs empourprés du soir préparer des lignes de fuite, d'échappement. Elle n'est pas triste cette chanson, elle embue l'œil de tous les visages. On goûtera les confitures de l'année et aussi d'avant. Elle est très bonne Mamie, où as-tu mis la recette, rappelle-toi s'il te plaît. Tu demandes ceci bien hardiment mon enfant, on veut donc voir disparaître sa Mamie ? Pendant que vous êtes réunis, je vais vous photographier dans la chambre claire. Le temps de pose sera court grâce à la fenêtre. Que personne ne bouge et que tous s'agglutinent en groupe homogène. Ce sera un cliché magnifique, on lui fera un cadre en or qui toujours restera impeccablement propre, brillant. Argentique ou numérique demande un vieux voisin ? Soudain à la porte il voit tout : les verres vides, les cuillères des confitures et il se plaint de ne pas être de la famille et pleure bientôt sur l'épaule de Mamie qui lui demande de se tenir. La chanteuse commandée arrive pile à l'heure et chacun chante bien haut pour chasser les idées sombres. Celui qui n'entend pas lit sur ses lèvres le refrain entamé. C'est une histoire assez touchante, un cireur des rues devenu milliardaire.

Marion Parpirolles

J'ai eu une visite. Heureusement j'avais fait une tarte à la rhubarbe. Mes amis revenaient d'un voyage à Atlanta. Selon eux la chaleur y était étouffante.
En les écoutant je posai une part de tarte devant eux. Où es-tu parti en vacances ? m'ont-ils demandée. Je vous tue ! leur ai-je aboyé. Il firent de drôles de têtes. L'un d'eux sauta du fauteuil et se précipita aux toilettes. Une odeur de pot d'échappement nous envahit les narines. De plus en plus fort. Mon ami revint au salon et se rassit. Il mangea hardiment sa part de tarte. Nous étions tous les trois réunis mais la gaité n'y était pas. Un bruit sourd provenant de la chambre nous fit sursauter. Je m'empressai d'aller voir à la fenêtre. Je me fis la réflexion : ils s'agglutinent tout de même ! En jetant un regard sur mon fauteuil, je vis qu'il n'était pas propre. Je ne pouvais pas le laisser comme ça. Je me mis à quatre pattes et commençai le nettoyage des accoudoirs. Mes amis me regardaient avec des yeux de merlan frit. Tu ne voudrais pas devenir chanteuse ? me demanda l'un d'eux. On verra quand je serai-là haut ! répondis-je embêtée. J'étais concentrée sur ma tâche. Je continuais de briquer mon fauteuil sans oublier ses pieds. Mes amis se mirent à glousser. Est-ce que j'ai une tête de cireur ?! leur dis-je énervée. Ce n'est pas possible de voir ça ! murmura l'un de mes convives. Je ne les entendais plus j'étais concentrée. Lorsqu'ils partirent je me mis à pleurer tout en chancelant dans mon appartement. Et soudain le bruit d'une chasse d'eau fit stopper mes pleurs. Alors je décidai d'aller débrancher l'antenne pour me calmer.

Justin Delareux

-"Nous devons poursuivre cette visite,
coûte que coûte."
J'étais désormais seul avec eux,
la vision d'une redingote dorée parfumée à la rhubarbe me hantait.
Mes yeux convergaient ou divergeaient, je ne sais plus ; l'atmosphère variait à chaque respiration,
j'étais dans une grange tiède et malodorante puis dans une salle de motricité à Atlanta
puis dans une cave en Alaska où la chaleur devenait glaciale.
Devant nous, d'autres nous, mais moins nombreux.

Il y a des espaces où il est difficile de s'orienter,
en réalité j'étais perdu.

Nous pensions à tue-tête et aux centaines de particules contenues
dans cette rue faite de Hadrons de protons et autres variétés d'échappements similaires à ceux contenus dans le nucléon.
Notre visage se transforme,
de mal en pis et de 3,14 en matière hybride.
Nous marchions depuis environ 30 minutes,
déjà 200 mètres de parcourus,
croyez-les, nous marchions hardiment mais le sol devenait noueux,
sa couleur variait,
le jaune et le vert réunis. Puis l'asphalte de nouveau.
Le pyjama avais quitté ma chambre,
il s'était joint à nous depuis maintenant 213 mètres, j'ai froid.
Au 214ème mètre mon regard se fixe sur une poutre métallique,
occupée de petites particules en forme de fenêtres,
chacune d'elles s'agglutine sur un amas de voitures microscopiques en constant mouvement.
Je n'osais pas lui faire part de mes nombreuses découvertes,
non faute d'avoir essayé.
Mon rythme cardiaque devenait aléatoire,
tout ce qui m'entourait était trempé, liquéfié.
Le ciel était propre à en découdre avec la javel.
Les secondes me regardaient en ricanant tandis que nous marchions à reculons.
De mal en pis.
Nous n'avions que ces quatre mots en tête et des milliers d'autres se chevauchaient.
Nous voilà.
300 mètres, 57 minutes et une chanteuse qui braillait tout là-haut.
Ses cordes vocales m'ont stoppé.
Net.
Tout s'est arrêté,
même le cireur de coiffe.
Ce genre de périple croyez-moi,
défie les lois du temps et de l'espace.
Lorsqu'il s'est mis à pleuvoir le flou de ma rétine à disparu,
tout devenait clair
Chancelant entre les pavés,
les pupilles écarquillées,
mon ventre à la chasse du premier baîllement apparent,
mes capillaires devenu réceptacles,
antennes de multiples mouvements.

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist