Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

dimanche 8 janvier 2017

Tous les textes de Kinda Hassan de la fin 2016

d’après Georges Perec, LES CHOSES :


C’est un quartier central, emplacement géographique parfait. Zamalek est à 10 minutes, de l’autre côté du Nil, le centre ville derrière le pont qui traverse sa deuxième branche. De notre côté, Giza: Dokki, Muhandeseen… C’est le spot idéal je te dis, central, résidentiel et pas cher. Bon, la cuisine est trop petite. La salle de bain trop longue, et trop étroite. Allez, on détruit ce mur, on installe la cuisine dans la salle de bain, la salle de bain dans la cuisine. D’ailleurs, on l’a déjà achetée, la cuisine, avant même de trouver l’appartement. Il y avait une offre spéciale. Comme celui qui achète le bouton et le donne au couturier pour lui dessiner la veste qui va avec. Il nous a fallu faire tomber le mur pour l’insérer. Ca veut dire un mois sans gaz. Ca veut dire douches froides et petits miracles : des œufs cuits dans un Seb, cuisiner à la vapeur de la bouilloire électrique, qui nous a aussi servi un jour pour prendre un bain chaud, pour célébrer la nouvelle baignoire rouge, remplie en faisant bouillir 2 litres d’eau à plusieurs reprises. 15 ? 20 ? Je ne sais plus. Et puis le lit, l’armoire, les assiettes, les fourchettes, les serviettes, le bureau, la table à manger et les chaises, le canapé vient remplacer les coussins, les plantes, l’arrosoir, les lampes, les étagères, un miroir, du savon, puis lentement des tableaux, encore une plante, un écran ? Non… Si… Non. Un écran, et un ciné club le mardi! Une année à construire un chez-moi. Chez-nous. Le trampoline qui nous donne la force de sauter toujours plus haut, plus loin, en confiance.



ALEXANDRINS

Les feuilles sur mon cahier ont la couleur de mer,Bleu, vert ou argenté, elles dansent éclairées,Une nappe de reflets, alternant jour et nuit,Entre or et argent, matelots ou sergents, Souffle le vent du nord, souvenirs éphémères,Ou permanents, ou morts, en mer, fuyant misère,Qui sais-je ? Je ne sais pas, des visages, des médias,L’horreur dans une image, ou une glace chocolat,Dans la main d’un enfant, qui fond, il a eu peur,Et a oublié le temps, qui lui, n’oublie jamais,De faire souffler le vent, sur des objets étranges,Que seule la mer connaît, emporte ou caresse,De rive en rive elle va, tend longs et larges ses bras,Pour bien tenir un monde, trop fier des ses frontières,Lignes imaginaires, qu’ouragan, tsunami,Viendront éclabousser, pour faire rire les poissons.


D'après une page de Proust



La Vierge et Swann s’étonnaient de se voir inséparables.Elle avait trouvé son autre moitié. Son corps et son esprit, intacts, délicieux, si longtemps désirés, avaient pour rivale Françoise.Son visage montrait maintenant des rides sous les yeux. Les heures passaient, menaçant sa beauté de suie. Cette pierre métamorphosée contemplait les autres reproductions, douées d’une intangible beauté, des oeuvres d’art immortelles, aux yeux inaccessibles, et pensait aux vicissitudes qui menaçaient son apparence à elle, maintenant qu’elle est soumise à la tyrannie de la science universelle.
La Vierge aurait voulu pouvoir être grand-mère, ne pouvant fuir les regards de sa voisine de la grand’ rue.


L’abécédaire :

A à Z :

Anaïs bricole calmement des électrodes fantastiques. Gilles, hélas indécis, jamais Kantien, lâche métaux nébuleux. Oh ! Pardon ! Quel reproche sauvage ! Tous eûmes vu warning xénophobe ! y-a-qu’a zapper.

Z à A :

Zut ! Yeux xylographes, Wahhabite vivement urbain, tient sa rare qualité paisible, oniriquement narcotique, met le Kalashnikov joyeusement ici. Horreur! Gentille fille étouffera de cette barbarie accablante!




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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist