Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

dimanche 8 janvier 2017

Un texte de Laura Haie qui n'était pas née en 1983

Le 5 juillet 1983
Réveil au 68 Walton street
Après un rapide petit déjeuner, je descends dans la rue. J'ai rendez-vous avec Catherine. Nous allons à la plage. Je rentre enfin dans mon deux pièces taille 28. Haaa la pl...
Un vrombissement effroyable accompagné d'un vent chaud et puant me tire de ma rêverie. Je viens d'ouvrir la porte et je suis accueillie par une énorme moto emmenant je ne sais quel bad boy et sa poupée dans une tempête de pollution bruyante. Le son s'éloigne mais le bruit des klaxons et des moteurs malades et crachants prennent le relais. Vivement cette plage. Que ça va être drôle. Je suis sûre que Catherine va encore avoir un look farfelu. La dernière fois elle portait un sombrero. Tout absorbée par mes pensées je n'avais pas remarqué un petit monsieur à l'air renfrogné se dandiner maladroitement vers moi chargé comme une mule de planches. Son fardeau et sûrement aussi sa petite taille l'empêchait d'aller bien droit et c'est de justesse que je réussis à l'éviter. A peine ai-je retrouvé l'équilibre que l'autre côté de la rue disparaît dans une bourrasque de vent à grande vitesse derrière un tramway qui passe à 20 cm de mes orteils. Je recule, apeurée. Un balayeur de rue me demande si ça va. Je le remercie et traverse enfin la rue en sécurité, protégée par un vaillant agent de circulation, coupant la route aux conducteurs de deux, quatre ou mille roues hargneuses. Mais où est donc ce café!? Catherine m'a dit "À côté de la poste, c'est facile tu verras!" Tu parles! Avec toute cette agitation je ne sais même plus où sont mes pieds. Un vendeurs de journaux m'indique gentiment le chemin. "Tout droit mam'zelle, ce s'ra sur vot' droite, pouvez pas l'louper!" Effectivement, j'ai trouvé le café. Catherine est en retard. Je la vois arriver en courant chargée d'un énorme sac et décoiffée comme si l'air matin avait déjà salué ses cheveux. Après quelques bavardages et un rapide café, nous nous dirigeons vers la gare. Arrivée à la station, bonne nouvelle, il y a seulement trois personnes au guichet. Nous n'attendrons pas longtemps. Malheureusement une jeune femme en a décidé autrement. Contrôlée par un agent, elle hurle de toute ses forces. L'employé du guichet va porter secours à son collègue, désemparé face à la colère irraisonnée de la jeune femme. 10 min après, il nous reste 5 min pour attraper le prochain train. 
3 min, nous avons nos billets.
2 min nous courons jusqu'au quai 12.
1 min, un contrôleur nous fait signe de monter par la porte dont il est le plus proche. Le wagon 17
Le train démarre. Nous sommes dedans, avachies sur les fauteuils d'une cabine de six. Une petite mamie assise là a peur de nous je crois. Nous avons déboulé à une telle vitesse. Heureusement il n'y a qu’elle dans la cabine et nous pouvons nous reposer à notre aise.
Je colle ma tête contre la vitre et regarde la gare s’éloigner.


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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist