Un groupe de personnes qui se réunissent un jeudi sur deux pour écrire

samedi 21 octobre 2017

Tiziano Foucault-Gini si sente lontano del frammento dei Cacciatori nelle neve del vecchio Bruegel

Je me suis inscrit à l'atelier écriture, le seul problème c'est que je ne peux pas y participer physiquement, j'ai donc conclu un marché avec Claudio, il m'envoie le sujet et moi j'écris de mon côté. 

J'ai reçu son mail lundi à 19h23, j'ai découvert, à grand plaisir, la consigne rédigée en italien, elle était accompagnée d'un détail d'un tableau hollandais de Bruegel l'ancien je crois. J'ai pas bien saisi la consigne de prime abord,  il me semble je devais écrire un texte en pensant, en me focalisant sur le fait que je connaissais les personnes, le lieu, en somme tout ce qui était représenté à l'image, comme si je l'avais vécu, comme si j'y étais allé... J'ai donc pensé à plusieurs scénarios, un homme qui se réveillait dans un paysage enseveli sous la neige après une bringue compliquée, ou un type désespéré qui se faisait interner dans un goulag soviétique, ou nord coréen, bref rien de bien excitant. Mais il y avait un problème, cette image me paraissait figée dans le temps, elle ne correspondait pas à mon époque, il y avait un anachronisme qui me perturbait, j'ai par conséquent baissé les bras. Et puis j'ai relu le mail, je me suis arrêté sur cette dernière phrase : "Si scrive esattamente cosa si vuole."  C'est-à-dire, on écrit exactement ce que l'on veut. Et moi, ce que je voulais, c'était écrire exactement où j'en suis, là, maintenant. 

Il est 12h24,

Bonne soirée.

Anastasiia Kondratieva, depuis son Ukraine, chasse un souvenir à partir d'un fragment des Chasseurs dans la neige de Bruegel l'ancien


 Maison !? 
C’est le premier mot qui sonne dans ma tête au moment où je ne vois que le ciel gris et les collines couvertes de neige. Je connais parfaitement ce paysage. Maintenant si lointain, mais à jamais si cher à mon cœur. 
Je me sens de nouveau divisée en deux, sensation qui pique à l’intérieur, qui interroge mon être. Je le fuyais de toutes mes forces il y a encore un certain temps (me paraissant dorénavant une éternité), mais à cet instant je sens (pour encore combien de temps ?) l’avoir enfin apprivoisé. 
C’est cette neige que je ne vois plus maintenant, en habitant dans un autre monde, qui me rappelle soudainement ma nature. La honte ou la fierté ? Ma force ou ma faiblesse ? 
C’est cette neige que je voyais parfois dans cet autre monde, qui me rappelle cette violente force avec laquelle l’on m’a chassée de cet endroit magique : un autre monde me permettant de revenir pour quelques inoubliables instants dans mes origines. L’angoisse ou l’audace ? 
Qui suis-je donc à cet instant ? 
En baissant mes yeux, je souris. Il est tellement ironique de contempler Les chasseurs dans la neige tout en me sentant chassée. C’est en étant chassée de partout, me sentant depuis une « éternité » venue de nulle part, que j’ai enfin trouvé ma place. 

Ne pas chercher la neige, ou en être nostalgique, ne pas permettre aux souvenirs de me diviser. Garder cette neige en moi. Etre la neige. 

Nikita Fauveau évoque un souvenir brûlant à partir d'un fragment des Chasseurs dans la neige de Bruegel l'ancien





je...
je ne sais plus trop.
je me souviens
je le sais
je me souviens
je le sais que je me souviens
mais, fin, je ne sais plus trop.
je me souviens
du jaune
ou,
du rouge aussi
oui, c'était rouge
tu sais, je sais que ça a existé
ce moment
je le sais
et toi t'étais là,
tu bougeais devant
y'avait les couleurs qui changeaient
mais
j'sais pas
je ne me souviens plus
plus exactement
je me souviens du froid
ça, ça, je m'en souviens
de mes pieds
mes pieds
je sais pas
mais je crois
que mes pieds me faisaient mal
je m'en souviens
je me souviens
mais 
je sais plus
il faisait chaud oui
et derrière, il faisait froid
ça tirait
ça me tirait, le froid
ça me tirait derrière
il faisait froid derrière moi
et lui, ça chauffait, je sais pas
ça, ça brûlait dans mes pieds
ça brûlait 
ça je le sais
fin peut-être pas
peut-être pas vraiment
mais, ça brûlait de froid
et, dans mes yeux
ça brûlait aussi
ça brûlait de chaud
je regardais
je regardais devant là
et toi, et toi t'étais la
à côté
je le sais que t'étais là
ça je m'en souviens que t'étais là
comme je le sais que j'y étais
j'étais là, et je regardais
t'étais là, et tu travaillais
tu bougeais, tu partais, tu revenais, tu portais des, des, des trucs
des trucs grands, des trucs, fin je sais pas quoi là
tu portais des trucs
et moi
je restais la, devant, je bougeais pas, je restais là
comme tu me disais
de rester là
de rester tranquille
alors j'étais tranquille
là, à côté de toi
et devant
devant ça brûlait
ça je m'en souviens de ça
de la brûlure
fin, pas une brûlure
mais ça brûlait
ça, je m'en souviens
mais 
je disais rien
non je disais rien
ça brûlait
ça brûlait de chaud
ça brûlait de froid
mais
ça brûlait pas non
enfin ça faisait pas mal non
ça faisait pas mal
c'était
je sais pas
*soupir*
je sais plus.
Je le sais
je le sais que je me souviens
mais bon
voila, c'est… je me rappelle
que ça faisait pas mal
j'étais là
et je te regardais
et je vous regardais
et devant
dans mes yeux
c'était jaune
c'é
 tait rouge
et je le sais
qu'on était là
toi à côté
et moi devant
et le froid derrière
et le froid en l'air
le froid partout
autour 
partout
c'était ça
il faisait froid
ça je le sais
qu'il faisait froid
mais pourtant
devant
il faisait pas
il faisait pas froid
non
c'était ça
devant,
ça brûlait.

Pourquoi ?

dimanche 8 janvier 2017

Arthur Saguez, une page arrachée aux jeunes filles en fleurs entre les mains.

Les fourbes couronnées sont bandes. Dans les coins obscurs ils tâchent de se rapprocher des jeunes filles comme examinateur de leur chances.
Les flatteurs du monde ne sont plus hommes quand ils sommeillent car ils hésitent .


Je ne suis ni fourbes ni jeunes ni filles ni flatteurs ni sommeillant je suis Gisèle et je rentre à Evreux par le train mais qu'est ce que vous voulez qu'on puisse trouver à dire là-dessus ? 

Trois textes de Théo Radakovitch

1 : D'après  Les Choses de Perec 

Il y avait surtout le bruit. Pas n'importe quel bruit. Non, celui-là était dense. Dense mais pas dansant, immobile plutôt, comme les monuments qu'il frappait avec violence. Tellement dense qu'il en ralentissait mon cerveau et en accélérait mon pas, ne me laissant pour seul choix que la fuite vers une nouvelle chambre insalubre qui succédait à la précédente. Une de ces chambres dans laquelle bouger est compliqué et dormir impossible. Car si le bruit se calmait, une fois la porte passée, le tourbillon des rues, lui, continuait à tourner dans ma tête.
Une guerre d'usure, voilà de quoi il s'agissait. Et malgré tous mes efforts pour la faire s'écrouler, je l'ai perdu. Le tiraillement a entraîné la rupture.
Je pensais connaître le bruit. Le brouhaha d'un collège un jour de pluie, d'un métro marseillais bondé ou les râles des habitués lors de la fermeture tardive du PMU de mon village d'enfance. Mais ce bruit-là était plus dur que les autres. Il était différent car il s'opposait au silence des gens qui le traversaient. Et plus les autres l'ignoraient, plus ils devenaient sourds, plus moi je l'entendais. Je crois aujourd'hui que c'est le contraste qui m’a eu. Pas le bruit en soi, mais l'absence de voix.

Perec peut bien aimer Paris, ses cafés ou son Jardin des Plantes, mais qu'il ne vienne pas me parler du calme de ses rues !


2 : Dictionnaire imagé

Le barrage ne tiendra pas la nuit.
L'asphalte s'écoule par les nervures, le radier grince sous la pression. C'est tout le quai qui tremble. Sa défense est fendue, il fond et ses turbines fument. Toute l'intelligence des Hommes n'a jamais pu défier la volonté du goudron. Le bouillon noir le sait, il jubile et gonfle en sentant le béton céder. Il sait qu'il va passer, qu'il ira jusqu'au bout. Jusqu'où l'Homme n'est plus, jusqu'où il ne peut plus se nourrir de nos corps et de notre ego.
Paradoxal non ? Plus il mange, plus il a faim. Seul le vide le calme, mais le vide n'existe qu'après son passage. A cet instant, il ne lui reste qu'un demi tour de globe avant de le trouver. Autant dire que la tempête est bientôt passée...


3 : Avec la page 608 (Folio) de – A l’ombre des jeunes filles en fleur – Marcel Proust 

Dans ma jeunesse, je connus l'espoir d'être riche. Mes rêves m'abandonnèrent dès que les êtres de ma famille cessèrent de m'alimenter. Jeune, je crus que je pourrais puiser dans mes réserves, mais la nature commençait à me prendre de plus en plus de vitalité.
Pourtant, si Andrée n'avait pas existé, peut-être aurais-je eu le plaisir d'être libre, d'avoir telle ou telle femme, d'embrasser une jeune fille réelle et pas une poupée de cire à qui on demande plus qu'elle ne peut donner.
Mais Andrée m'étais supérieure et le savait.
Avec quatre ou cinq camarades, il me suivirent pour me raconter leur désir de pénétrer ma vie et de m'initier à la possession. L'attraction que j'exerçais involontairement me donna l'échec extrême.
Puis ma famille et mes amis se détachèrent de moi.
Je ne survécus pas à mon charme.

Pas de chance.

Anaïs Brilland entre dans une image


Il faut que je sorte. 3 jours enfermée chez moi à peindre sur ma toile. . . Je n'en peux plus.
Mais je ne connais personne avec qui sortir ! Tant pis.   Il faut que je sorte.
Je rentre dans un bar. Il n'y a pas trop de monde pour me faire fuir. Cet endroit, convient bien à mon humeur, ni beau ni moche. La musique est démodée et le DJ, au fond de la pièce, paraît s'ennuyer.
Je
m'assieds au bar et commande un cocktail au Rhum à un serveuse, habillée de manière provocante. Je regarde autour de moi, il y a ce groupe de personnes, âgées entre 30 et 40 ans. Les filles rigolent beaucoup et parlent fort, comme pour montrer leur joie de vivre. J'imagine des trucs, je me dis qu'elles sont si contentes de sortir, un mardi soir, après avoir largué les gosses qu'il faut qu'elles le revendiquent.
Tout au fond, il y a un couple étrange, ils boivent beaucoup, un enfant est avec eux, il doit avoir 6 ou 7 ans. Pauvre petit. Il crie après sa mère en lui tirant sur les vêtements. Ses yeux sont bouffis à
 force de pleurer, la mère le réprimande et regarde l'homme gras en face d'elle, qui lui sourit et qui boit un nouveau verre. À ma gauche, il y a des jeunes qui doivent avoir mon âge, entre 18 et 25 ans, ce sont eux qui font le moins de bruit. Ils ont le visage illuminé par la lumière de leur téléphone portable.
Soudain l'une des filles du groupe des trentenaires, s'écroule par terre et après
quelques rires nerveux, vomit. Ses copains essaient de l'attraper. J'entends derrière moi la serveuse s'énerver.
Mon verre est fini, je me lève et décide de faire une promenade nocturne.  


Si je te montre cette image, tu penses à quoi ? Lucie Cros

Moi - Hey, dis... Si je te montre cette image, tu penses à quoi ? 

Lui - Alors...à Tintin ! Y'a toujours des gros bateaux quelque part dans Tintin..Et puis parce qu'au niveau du dessin, y'a un peu de Tintin aussi.

Moi - Ah ouais. t'as pas tort. Vas-y, on va jouer le jeu...c'est quoi pour toi le numéro 1?

Lui - Un bateau.

Moi - Oui. Mais pour être exact, c'est un Cargo Lourd, un navire de charge spécialisé au long cours. OK ?

Lui - OK. Tu veux jouer à ça ? Le numéro 52 ma petite, trouve-le, et on en reparle.

Moi - T'es sérieux ? Je sais pas... un chapeau ? Un béret ? un...Bonnet ?

Lui - Non, c'est le passager.

Moi - Pfou. Non, mais c'est une blague. Le numéro 52 est sur son chapeau. Et y'a pas de numéro pour les passagères à côté de lui ? Je sais pas, si je suis une étrangère ou une enfant qui veut apprendre la langue, j'aimerais bien savoir le féminin du mot "passager". 

Lui - Rho ça va, range ton côté féministe deux secondes ! Mais ouais, je vois ce que tu veux dire, le rapport au langage est bizarre. Puis aujourd'hui tout le monde s'en fou de savoir tout ça. Bon, pas tout le monde, mais t'apprends tout sur le tas, et puis y'a déjà bien assez d'images dans la rue, et sur les réseaux sociaux. Mais par contre grâce à ce genre de système de dessin et de numéro, tu peux t'amuser à changer les noms, ou à carrément inventer une autre langue. Genre...le numéro 62, c'est "l'estrope". Bon, déjà, inconnu au bataillon pour ma part. Mais maintenant, si je te dis que cette image-là, cet objet-là, indiqué par le numéro 62, était en fait, un "Kikouillou salivaire".
 Ahhhh, ça t'en bouche un coin là, hein ! Comme quoi, tout est question d'image, de définition... Tu fais ce que tu veux. 

Moi - Ouais, tu fais que tu veux. Y'a presque pas de limite. A part peut-être une limite morale. Je te dis ça, parce que ça me rappelle un film... "Canine" de Yorgos Lanthimos. Un Grec. 
attends, je te lis le synopsis. 

Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans une villa isolée dans la campagne. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Ils n'ont pas de prénom, et les parents changent la signification de certains mot. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets, les parents renforcent cette croyance en mettant ce type de jouet dans le jardin, ce qui laisse à penser que les avions tombent. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Un jour, elle offre à l’aînée un serre-tête qui brille dans le noir en échange d'un cunnilingus.
Lors d'une session suivante, Christina propose du gel en échange de la même faveur sexuelle, mais l’aînée refuse, et demande deux cassettes vidéo en échange qu'elle a trouvées dans le sac de Christina. Elle regarde plus tard les vidéos en cachette, et est fortement influencée par les films. Son père découvre les cassettes vidéos, il frappe alors sa fille pour la punir. Il frappe également Christina, et met fin à leur partenariat. Puisque Christina ne s'occupe plus du frère, les parents laissent le fils choisir la sœur qu'il préfère pour avoir des relations sexuelles.
Selon les dires des parents, ils ne seront prêts à sortir de la propriété que lorsqu'une de leurs canines tombera. Et conduire la voiture, le seul moyen de quitter la maison en sécurité, qu'une fois repoussée. L’aînée se fracasse une dent avec un haltère, et se cache dans le coffre de la voiture. Le lendemain, le père se rend à son usine avec sa voiture. L’aînée, toujours dans le coffre, n'en sort pas.

Franchement, ce film...est une pépite. Mais une fois que tu as fini, t'as juste envie de vomir. 
Lui - La vache. C'est flippant. Et du coup ça me donne pas trop envie de le voir hein.
Moi ça me rappelle un autre truc, un peu plus marrant...Le Golden Show, "On dit que tu t'encules", avec monsieur Poulpe. C'est l'histoire d'un étranger, qui a rendez-vous avec une femme. Au fur et à mesure de l'épisode tu te rends compte qu'il n'utilise que des insultes dans son vocabulaire. Du genre, pour lui dire qu'elle à de beaux yeux qui brillent, il lui sort " je trouve que tu as de très belles couilles, qui brillent. Qui brillent tellement que tout le foutre, il se reflète dedans." Bref, tu vois, le rendez-vous se passe comme ça, et le mec rentre chez lui. Il retrouve son colocataire, et tu vois un panneau derrière lui avec des images et des mots écrits en dessous. du genre, une mouette, c'est un bougnoule, un chien c'est une pétasse, le chat, c'est un connard... bref, dit comme ça, c'est naze, mais je te le montre après.

Moi - haha, oui, je veux bien voir ! Bon, on se fait un dernier test ? trouve-moi le numéro 43.
Lui - ... Une porte ?


Moi - Non, le sabord de muraille.

Qui êtes-vous ?

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Perspectiviste acharné depuis 1995 /unremitting perspectivist